Le secteur minier artisanal ivoirien entre dans une phase décisive. Réunis à Yamoussoukro lors de la deuxième édition du workshop “Mine & Deal”, les acteurs de l’exploitation minière artisanale et à petite échelle veulent transformer une activité encore fragmentée en véritable moteur de croissance inclusive et durable.
Cette évolution marque un tournant pour la Côte d’Ivoire, où l’or artisanal pèse déjà dans la production nationale et où les autorités cherchent à mieux structurer un secteur longtemps dominé par l’informalité.
Une filière en quête de structuration
L’enjeu central est de faire passer l’artisanat minier d’une logique de survie à une logique de performance. Le Groupement des artisans miniers de Côte d’Ivoire (GRAMCI) porte cette ambition avec l’appui des autorités et de partenaires techniques, dans un contexte où la professionnalisation apparaît comme la condition première d’une montée en gamme.
La rencontre de Yamoussoukro a permis de rappeler que le secteur reste freiné par plusieurs obstacles : manque de structuration, accès limité au financement, insuffisance des données géologiques et persistance de l’orpaillage clandestin.
Le rôle clé des données géologiques
Pour la SODEMI, l’un des leviers les plus importants reste la connaissance du sous-sol. Son directeur général, Seydou Moussa Koné, a insisté sur la nécessité de disposer de données géologiques fiables, notamment via la cartographie et la géolocalisation, afin de mieux orienter les exploitations et réduire les risques.
Cette approche répond à un double objectif. D’un côté, elle sécurise davantage les investissements des petits opérateurs ; de l’autre, elle aide l’État à lutter plus efficacement contre les exploitations illégales qui fragilisent le secteur.
Des résultats déjà visibles
Les signaux envoyés par le secteur sont encourageants. En 2025, la Côte d’Ivoire a enregistré 977,2 kilogrammes d’or issus du segment artisanal et semi-industriel, dont 263,3 kilogrammes pour l’artisanat et 713,9 kilogrammes pour le semi-industriel.
Le nombre d’autorisations délivrées confirme aussi cette dynamique : 279 autorisations ont été accordées en 2025, portant à 820 le total des titres en cours de validité. Ces chiffres montrent que la petite mine n’est plus seulement une activité marginale, mais un segment en voie de formalisation.
Un levier de croissance inclusive
Au-delà des volumes produits, l’intérêt stratégique du secteur réside dans son potentiel social. Bien encadrée, l’exploitation minière artisanale peut créer des emplois, structurer des chaînes de valeur locales et renforcer les revenus des communautés rurales.
C’est précisément dans cette logique que la Côte d’Ivoire s’aligne sur une tendance plus large en Afrique de l’Ouest : faire de l’or artisanal une activité plus sûre, plus transparente et mieux intégrée à l’économie formelle. Le défi est de transformer une ressource diffuse en richesse durable, sans reproduire les dérives de l’exploitation incontrôlée.
Les défis qui restent à relever
La révolution des petites mines ne pourra réussir qu’à certaines conditions. Il faudra renforcer la formation des artisans, améliorer l’accès au financement, accélérer la délivrance de titres, et créer un cadre fiscal adapté à la réalité des petits opérateurs.
La lutte contre l’orpaillage clandestin reste également déterminante. Sans traçabilité, sans contrôle et sans accompagnement technique, la filière risque de rester vulnérable aux circuits informels et aux pertes de valeur.
Une transformation à suivre de près
Avec “Mine & Deal”, la Côte d’Ivoire semble poser les bases d’un nouveau modèle pour la petite mine. Le pays cherche à concilier formalisation, sécurité, transparence et développement local, tout en donnant au secteur artisanal une place plus visible dans l’économie nationale.
Si cette dynamique se confirme, la petite mine pourrait devenir l’un des prochains relais de croissance du pays, au même titre que d’autres filières extractives déjà mieux structurées.
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