Mamadi Doumbouya acte la fin de l’exportation d’or brut et impose le raffinage en Guinée

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Mamadi Doumbouya acte la fin de l’exportation d’or brut et impose le raffinage en Guinée

Le 20 juin 2026, Mamadi Doumbouya a annoncé que « l’or brut ne sortira plus de Guinée », interdisant les exportations d’or non raffiné et imposant le raffinage local à Conakry pour capter davantage de valeur ajoutée et soutenir l’industrialisation du pays.

Le 20 juin 2026, le président de la République de Guinée, Mamadi Doumbouya, a annoncé devant les responsables des sociétés aurifères l’interdiction définitive de l’exportation d’or brut et l’obligation de raffiner toute la production nationale sur le territoire guinéen avant tout départ vers l’étranger.Au cours de cette réunion de haut niveau à Conakry, le chef de l’État a présenté cette mesure comme une décision irréversible et non négociable, marquant un tournant pour la filière or guinéenne.

Face aux miniers, Mamadi Doumbouya a rappelé le paradoxe d’un pays riche en ressources mais classé parmi les plus pauvres, dénonçant un modèle dans lequel l’or sort « à l’état brut » pour être transformé et valorisé à l’étranger, tandis que la Guinée ne perçoit que des « miettes » via des redevances calculées avant que le métal n’atteigne sa pleine valeur.  Il a encadré la nouvelle interdiction comme un choix de souveraineté économique destiné à capter localement la valeur ajoutée, créer des emplois industriels et ancrer l’industrialisation du pays.

« L’exportation d’or brut sera formellement et définitivement interdite… Tout opérateur qui continuera d’exporter de l’or brut verra son agrément suspendu et sa convention minière résiliée. » — Mamadi Doumbouya, président de la République de Guinée, Afrique sur 7

Une interdiction adossée à une capacité de raffinage nationale

Pour rendre crédible le virage, le président a mis en avant la mise en service imminente d’une installation de raffinage en Guinée, présentée comme une raffinerie moderne destinée à fondre, certifier et valoriser l’or guinéen avant son exportation. Devant les opérateurs, il a insisté sur le fait que le dispositif de transformation est prêt et que l’application de l’interdiction des exportations d’or brut doit être immédiate, sans période de transition négociée.

Le chef de l’État a souligné que les sociétés minières qui persisteraient à exporter de l’or non raffiné s’exposeront à des sanctions fortes, incluant la suspension de leurs agréments et la remise en cause de leurs conventions minières, avec un traitement judiciaire des infractions.  Cette approche s’inscrit dans une stratégie plus large, rattachée par la présidence au programme Simandou 2040, qui vise à transformer les revenus miniers en levier durable d’industrialisation.

Pourquoi l’or devient un pilier de l’industrialisation guinéenne

La présidence rappelle que l’or fait partie des ressources minières les plus exploitées dans le pays et met en avant la progression récente des exportations officielles, une performance portée notamment par la Société Aurifère de Guinée et Kouroussa Gold Mine. Dans le même registre, il est précisé que l’ensemble du secteur minier, dominé par la bauxite et l’or, représente environ 20 à 25 % du PIB guinéen selon les années, et plus de 90 % des exportations nationales, faisant de l’économie guinéenne l’une des plus dépendantes des matières premières en Afrique.

Les projections publiées par l’agence de notation S&P anticipent d’ailleurs une accélération de la croissance guinéenne sur la période 2026-2029, portée à la fois par l’entrée en production du projet de minerai de fer Simandou et par l’essor des capacités de transformation de minerais, dans un schéma où l’État cherche à réduire sa dépendance à l’exportation de matières premières brutes. Cette priorité à la transformation locale rejoint d’autres mesures prises ces dernières années dans le secteur extractif guinéen, comme le durcissement du cadre applicable à l’orpaillage artisanal et la réorganisation des titres miniers.

Dans ses échanges avec les sociétés minières, Mamadi Doumbouya a insisté sur le fait qu’il ne s’agit pas d’une remise en cause du capital étranger mais d’un rééquilibrage : les partenaires sont invités à s’aligner sur une nouvelle matrice où l’investissement dans des unités industrielles de transformation en Guinée devient la norme.  Le message, articulé autour de la formule d’« industrialisation irréversible », vise aussi à signaler aux marchés que le pays veut franchir une étape structurelle dans la gestion de ses rentes minières.

Zones de vigilance pour les investisseurs

L’absence annoncée de période de grâce, la perspective de sanctions allant jusqu’à la résiliation des conventions minières et la centralité accordée au raffinage local placent désormais les groupes aurifères face à un impératif d’ajustement rapide de leurs chaînes de valeur et de leurs contrats d’offtake. Dans ce contexte, la montée en puissance effective de la raffinerie annoncée — et sa capacité à absorber et certifier des volumes significatifs d’or guinéen aux standards internationaux — deviendra un indicateur clé pour apprécier la soutenabilité opérationnelle de la réforme.

Les agences de notation suivent déjà de près la trajectoire de la Guinée, en la reliant à la capacité de l’État à transformer le boom minier en croissance inclusive et à préserver un cadre contractuel lisible pour les investisseurs.  Pour les bailleurs et les opérateurs de la région, la décision d’interdire l’export d’or brut en Guinée sera observée comme un test grandeur nature sur la possibilité de conjuguer souveraineté minière renforcée et maintien de l’attractivité du pays.

Prochaines étapes

À court terme, les prochains jalons seront la mise en service opérationnelle de la raffinerie nationale présentée par le chef de l’État, l’émission de textes d’application détaillant les modalités de contrôle des flux d’or et l’éventuelle renégociation de certaines conventions minières pour intégrer l’obligation de raffinage local. À moyen terme, l’intégration de la filière aurifère transformée au programme Simandou 2040 devra se traduire dans les budgets publics et les indicateurs sociaux, notamment dans les régions minières que la présidence cite comme prioritaires pour les retombées de cette nouvelle politique.

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