À Abidjan, plusieurs plateformes de VTC misent désormais sur des voitures 100 % électriques pour préserver leurs marges et répondre aux nouveaux signaux fiscaux et climatiques. …
Le 16 juin 2026, l’émission Afrique Économie de Radio France Internationale a mis en lumière le choix d’acteurs du VTC à Abidjan de basculer progressivement vers des voitures 100 % électriques, illustré par l’activité quotidienne du chauffeur Mouhamed Kanaté circulant en véhicule à batterie sur les principaux axes de la capitale économique ivoirienne.Les témoignages recueillis indiquent que plusieurs centaines de véhicules électriques sont déjà exploités par des chauffeurs de véhicules de transport avec chauffeur (VTC) à Abidjan, au sein d’un parc encore modeste mais en croissance.
Au-delà de la vitrine technologique, cette bascule répond à une double pression : la nouvelle fiscalité spécifique aux VTC instaurée via la Patente transport en 2026, qui renchérit le coût d’exploitation, et la nécessité de contenir la facture carburant dans un secteur très sensible aux variations du prix de l’essence.La Direction générale des impôts (DGI) a présenté en février 2026, à Abidjan, ce régime de Patente transport applicable aux exploitants de VTC, marquant l’entrée du secteur dans un cadre fiscal plus structuré.
Un marché VTC sous tension qui cherche de nouveaux leviers de marge
Un rapport récent de KPMG Côte d’Ivoire sur la régulation des VTC rappelle que l’essor rapide des plateformes a mis sous pression les taxis compteurs d’Abidjan et exposé les limites d’un modèle reposant sur des véhicules thermiques fortement dépendants de l’essence. Dans ce contexte, la moindre facture énergétique des véhicules électriques devient un argument central pour les opérateurs, notamment lorsque les prix des courses sont plafonnés ou fortement concurrentiels.
Une enquête conduite en 2024 pour le Centre d’Information et de Communication gouvernementale (CICG) montrait déjà que les usagers exprimaient une perception majoritairement négative du coût des trajets en VTC et en taxis compteurs à Abidjan, signalant un espace limité pour de nouvelles hausses tarifaires. Faute de pouvoir répercuter l’intégralité des hausses de charges, les plateformes et leurs chauffeurs se tournent vers la réduction des coûts d’usage du véhicule, domaine où les modèles électriques disposent d’un avantage structurel sur le carburant et la maintenance.
Les acteurs interrogés dans le secteur soulignent que, pour un chauffeur effectuant de longues journées en milieu urbain dense, l’écart de coût d’exploitation entre un véhicule thermique et un véhicule électrique devient décisif sur la durée de vie du contrat de location ou de financement. C’est cet arbitrage microéconomique, plus que l’argument climatique, qui commence à ancrer l’électrique dans le paysage VTC abidjanais.
L’offre de véhicules électriques s’étoffe, tirée par les flottes professionnelles
Cette évolution de la demande VTC rencontre une offre de plus en plus structurée de la part des constructeurs et importateurs installés en Côte d’Ivoire. En février 2026, le distributeur SOCIDA a organisé à Abidjan le lancement d’une nouvelle gamme de véhicules électriques et hybrides de la marque Geely, visant explicitement les besoins de mobilité urbaine et de flottes.
Des plateformes spécialisées dans la mobilité électrique recensent désormais une offre structurée de voitures à batterie pour le marché ivoirien, portée par plusieurs concessionnaires et assortie de formules de financement et de leasing opérationnel destinées notamment aux flottes professionnelles comme les VTC. Ces dispositifs abaissent la barrière à l’entrée pour des chauffeurs qui, isolément, auraient du mal à supporter le coût initial d’un véhicule neuf.
Parallèlement, l’écosystème de services s’étoffe : stations de recharge publiques, installateurs de bornes à domicile ou en parking d’entreprise, ainsi que start-up spécialisées dans les solutions de recharge pour flottes viennent compléter la chaîne de valeur. Une jeune entreprise ivoirienne de mobilité électrique, accompagnée par des investisseurs à impact, développe par exemple un réseau de solutions de recharge et de gestion énergétique visant les usages intensifs comme les taxis et VTC. Pour les plateformes, la possibilité de confier la gestion de l’énergie à un partenaire spécialisé réduit l’incertitude technique liée au passage à l’électrique.
Un cadre public plus actif sur la mobilité électrique et le VTC
L’appétit des VTC pour l’électrique s’inscrit dans une séquence où les pouvoirs publics ivoiriens renforcent à la fois la régulation du secteur et leur stratégie de mobilité bas carbone. La mise en œuvre en 2026 de la Patente transport pour les exploitants de VTC marque une volonté de mieux encadrer fiscalement une activité jusqu’ici partiellement informelle, tout en clarifiant les obligations des plateformes et des chauffeurs.
Les 11 et 12 juin 2026, le ministère des Transports et des Affaires maritimes a organisé à Abidjan un atelier national de formation sur la mobilité électrique intégrant la dimension genre, signalant que la décarbonation des transports devient un axe structurant de la politique sectorielle. Cette initiative accompagne les engagements pris par la Côte d’Ivoire en matière de réduction des émissions et laisse entrevoir une articulation future entre fiscalité, réglementation et incitations en faveur des véhicules bas carbone.
Les signaux envoyés par l’État se conjuguent à un environnement énergétique relativement favorable à l’électrique. Des acteurs du secteur rappellent que le mix de production électrique ivoirien est déjà fortement décarboné à l’échelle africaine, ce qui renforce le bénéfice climatique des véhicules à batterie utilisés dans les métropoles comme Abidjan. Pour des plateformes internationales de VTC soumises à des objectifs de réduction d’empreinte carbone à l’échelle de leurs opérations, cette caractéristique pèse dans l’allocation de leurs investissements.
Obstacles persistants : bornes, fiscalité et modèle économique des chauffeurs
Si les signaux sont favorables, la montée en puissance des VTC électriques reste bridée par plusieurs contraintes opérationnelles.Une enquête de presse publiée en mai 2026 souligne que le réseau de bornes de recharge publiques demeure limité à une poignée de sites à Abidjan, avec un déploiement encore embryonnaire dans le reste du pays. Pour les chauffeurs VTC, qui opèrent souvent en horaires étendus, la disponibilité et la fiabilité de ces points de charge conditionnent directement le revenu quotidien.
La même enquête relève que nombre de transporteurs publics et de particuliers restent prudents face au coût initial des véhicules électriques et à l’incertitude sur la valeur de revente et le vieillissement des batteries, ce qui freine encore la constitution de flottes importantes. Pour les VTC, la rentabilité du passage à l’électrique dépendra donc de la capacité des plateformes, des distributeurs et éventuellement des bailleurs de fonds à mutualiser ce risque, via des contrats de location longue durée, des garanties étendues ou des schémas de propriété partagée.
Sur le plan réglementaire, la transition reste pilotée principalement par la fiscalité et la formation, sans cadre spécifique dédié aux VTC électriques.Les travaux d’expertise recommandent toutefois d’intégrer progressivement des critères environnementaux dans l’agrément des plateformes et la définition des normes de flotte, ce qui pourrait à terme réserver un statut particulier aux véhicules zéro émission dans les grandes agglomérations.
Ce que surveillent désormais investisseurs et plateformes
L’intérêt croissant du VTC pour l’électrique ouvre un nouveau terrain d’observation pour les investisseurs sectoriels et les institutions financières présents à Abidjan. Trois variables dominent : la vitesse de déploiement des bornes, l’évolution de la fiscalité et la réaction des plateformes internationales.
Les spécialistes de la mobilité électrique identifient déjà Abidjan et Yamoussoukro comme les premiers pôles de densification des stations de recharge, ce qui pourrait concentrer dans ces villes les premiers grands programmes de conversion de flottes VTC. Les annonces à venir du ministère des Transports et de la DGI sur d’éventuelles incitations fiscales ciblant les véhicules à zéro émission seront un indicateur clé de la profondeur de ce mouvement.
Pour les plateformes globales opérant en Côte d’Ivoire, la capacité à agréger une masse critique de chauffeurs en électrique dans une métropole comme Abidjan servirait de laboratoire pour d’autres marchés africains, où la combinaison d’un mix électrique relativement vert et d’une forte croissance urbaine crée un terrain d’expérimentation unique.
À court terme, l’axe VTC-électrique restera un segment de niche dans le parc roulant ivoirien, mais la dynamique enclenchée à Abidjan fournit déjà des signaux utiles sur la façon dont la fiscalité, l’infrastructure et l’innovation privée recomposent l’économie du transport urbain.
À retenir
- La mise en œuvre de la Patente transport en 2026 pousse les acteurs du VTC abidjanais à explorer des véhicules électriques pour contenir leurs coûts d’exploitation dans un cadre fiscal plus exigeant.
- L’offre de voitures électriques et de solutions de recharge s’étoffe, portée par les importateurs, les concessionnaires et des start-up de la mobilité qui ciblent explicitement les flottes professionnelles.
- Le ministère des Transports multiplie les signaux en faveur de la mobilité électrique, via des ateliers dédiés et l’intégration de la décarbonation dans la politique sectorielle.
- Le manque de bornes publiques, le coût initial des véhicules et l’incertitude sur la valeur de revente freinent toutefois une bascule de masse des VTC vers l’électrique.
- Abidjan sert de laboratoire : la manière dont plateformes, fisc et fournisseurs d’énergie y coordonnent leurs stratégies donnera le rythme de l’électrification du transport urbain ivoirien.
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