Cameroun : le FMI juge la nationalisation de Socadel source de risque accru pour les finances publiques

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Cameroun : le FMI juge la nationalisation de Socadel source de risque accru pour les finances publiques

Le 9 mars 2026, dans son rapport au titre de l’Article IV sur le Cameroun, le Fonds monétaire international (FMI) a averti que la renationalisation de la compagnie publique d’électricité – devenue Société camerounaise d’électricité (Socadel) après la transformation d’Eneo en entreprise à capital entièrement public – constitue un nouveau risque pour les finances publiques camerounaises.

Selon l’analyse consacrée par les services du FMI au secteur électrique, la reprise intégrale par l’État d’une entreprise structurellement déficitaire et exposée à d’importants engagements contractuels transfère vers le budget souverain un risque auparavant partagé avec des actionnaires privés.

Le FMI rappelle que le Cameroun demeure classé à risque élevé de surendettement, malgré une trajectoire récente de consolidation budgétaire, et souligne que la maîtrise des risques quasi budgétaires liés aux entreprises publiques est désormais un axe central de la stratégie de viabilité de la dette.

Un risque budgétaire désormais concentré sur l’État

Les services du FMI considèrent que, avec la renationalisation de l’opérateur historique, l’exposition de l’État aux fragilités financières du secteur électrique s’est accrue, l’État devenant à la fois actionnaire quasi exclusif, garant de plusieurs engagements contractuels et l’un des principaux débiteurs de la compagnie publique par ses propres arriérés de paiement.

Le rapport souligne que les tensions de trésorerie de la société résultent autant de difficultés opérationnelles que des retards de règlement des consommations d’électricité par les administrations et organismes publics, auxquels s’ajoutent des pertes commerciales importantes liées aux fraudes et branchements clandestins.

Au moment du passage d’Eneo à Socadel, la nouvelle entité publique hérite d’un endettement global estimé à près de  850 milliards  FCFA et d’un déficit de trésorerie mensuel d’environ  13 milliards  FCFA, ce qui en fait une source potentielle de pression récurrente sur le budget central via les garanties, recapitalisations et avances de trésorerie susceptibles d’être mobilisées.

Dans son analyse de viabilité de la dette, le FMI note que la montée des engagements contingents liés aux entreprises publiques et aux partenariats avec des producteurs privés d’électricité figure parmi les principaux risques pesant sur la trajectoire de la dette publique camerounaise.

Des arriérés massifs et des contrats d’achat rigides

Les services du FMI indiquent que, fin 2024, les arriérés de l’État envers l’opérateur public d’électricité représentaient plus de  2,1 %  du PIB, soit environ  700 milliards  FCFA, illustrant la profondeur des déséquilibres financiers accumulés dans le secteur.

Le FMI met également en avant le poids du contrat d’achat ferme conclu pour l’électricité produite par le barrage de Nachtigal, qui impose le paiement de l’énergie générée même lorsque les contraintes de transport empêchent d’en évacuer la totalité, ce qui risque d’alourdir la charge budgétaire tant que les capacités de transport ne sont pas pleinement renforcées.

Les données de restructuration sectorielle montrent que, début 2026, les créances impayées liées à Nachtigal Hydro Power Company (NHPC) étaient estimées à près de  70 milliards  FCFA, sur fond de difficultés de paiement au sein du secteur électrique camerounais.

Pour les équipes du FMI, ces mécanismes contractuels, combinés à une demande croissante et à des contraintes d’infrastructures, font du secteur électrique une source persistante de risques budgétaires, même après la nationalisation.

Une renationalisation inscrite dans un long cycle de réformes

Par décret du 4 mai 2026, le président Paul Biya a transformé Eneo en société à capital public et rebaptisé l’entreprise Société camerounaise d’électricité (Socadel), officialisant ainsi une renationalisation amorcée après le rachat par l’État de la totalité des actions détenues par Cameroon Power Holdings dans le capital.

Le ministère des Finances rappelle que cette opération fait suite à la privatisation du début des années 2000, quand l’ancienne Sonel avait été cédée à des investisseurs étrangers, avant que l’État ne décide de reprendre progressivement la main sur un actif jugé stratégique pour la politique industrielle et la sécurité énergétique.

Dans son diagnostic structurel, le FMI souligne que les entreprises publiques camerounaises restent marquées par des problèmes de gouvernance, de retards de réforme et de faiblesse de la gestion financière, ce qui renforce l’importance d’encadrer étroitement les risques associés à la renationalisation de secteurs stratégiques comme l’électricité.

Les autorités présentent toutefois la création de Socadel comme un levier pour restructurer en profondeur le modèle économique du secteur, améliorer le recouvrement des créances et rationaliser les relations avec les producteurs privés et les opérateurs de transport.

Prochain rendez-vous : arbitrages budgétaires et réforme du modèle économique

Le FMI recommande aux autorités camerounaises de renforcer la gestion des finances publiques, de clarifier les engagements de l’État vis-à-vis des entreprises publiques et de mieux intégrer les risques quasi budgétaires dans la programmation budgétaire pluriannuelle.

Les services du Fonds estiment que, sans réforme du modèle économique du secteur électrique et sans amélioration significative du recouvrement des créances, la renationalisation de Socadel pourrait continuer de mobiliser des ressources budgétaires importantes au détriment d’autres priorités d’investissement public.

Les prochains arbitrages budgétaires autour de la reprise des arriérés, du financement des garanties et du calendrier de recapitalisation de la compagnie publique constitueront un test de la capacité de l’État à encadrer ce nouveau risque tout en poursuivant ses objectifs de sécurité d’approvisionnement et de croissance.

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