La Côte d’Ivoire a profité de la réouverture des marchés internationaux pour coupler de nouvelles émissions obligataires à long terme avec une offre de rachat partielle de son Eurobond arrivant à échéance en 2032, afin d’optimiser la structure de sa dette et de réduire le risque de refinancement concentré sur la prochaine décennie. Dans un rapport de juin 2024, le Fonds monétaire international (FMI) soulignait déjà que la Côte d’Ivoire utilisait des émissions Eurobond pour financer le rachat d’obligations arrivant à échéance en 2025 et sur la période couvrant l’Eurobond 2032.
“Les opérations de gestion de passif visent à réduire les risques de refinancement et à améliorer le profil de maturité de la dette publique ivoirienne.” — Staff du FMI, Country Report No. 24/223, IMF
Ce que représente l’Eurobond 2032 dans l’architecture de la dette ivoirienne
Selon les statistiques de l’agence UMOA-Titres au troisième trimestre 2025, l’Eurobond de la Côte d’Ivoire arrivant à maturité en 2032 est un emprunt en euros assorti d’un coupon fixe et d’un montant initial émis de 1 600 000 000 d’euros, ce qui en fait l’un des principaux Eurobonds ivoiriens en circulation sur le segment en euros. Les données de marché publiées en avril 2026 montrent que cet Eurobond 2032, référencé sous l’ISIN XS2264871828, restait en circulation, avec une durée résiduelle d’environ cinq ans et une échéance finale au 30 janvier 2032, ce qui le place au cœur des remboursements extérieurs de la prochaine décennie.
Cette obligation occupe ainsi une place stratégique : suffisamment proche pour peser sur le profil de remboursement, mais encore assez lointaine pour être gérée de manière proactive via des opérations de rachat ou d’échange, à mesure que la fenêtre de marché s’ouvre aux émetteurs africains.
Pourquoi Abidjan recourt à des rachats : lisser les pics de remboursement
Le Bulletin statistique de la dette publique publié par la Direction générale du Trésor de Côte d’Ivoire pour le quatrième trimestre 2025 rappelle que des exercices de gestion de passif ont déjà été conduits en 2024 et 2025 afin de lisser les échéances, notamment autour d’anciennes souches d’Eurobonds, en complément des nouvelles émissions internationales. Le même diagnostic est mis en avant par le FMI, qui note que ces opérations de rachat s’inscrivent dans une stratégie plus large de soutenabilité de la dette, combinant allongement des maturités, diversification des devises et gestion active des échéances les plus proches. Dans ce cadre, le rachat progressif de l’Eurobond 2032 répond moins à un objectif de réduction immédiate du stock qu’à une volonté de lisser la courbe des remboursements sur la période 2028–2036.
En pratique, ces opérations poursuivent trois objectifs : réduire les pics de remboursement de devises sur certaines années, améliorer la lisibilité du profil de dette pour les investisseurs, et donner au Trésor plus de marge de manœuvre pour absorber des chocs de termes de l’échange, en particulier liés au cacao.
Comment les nouvelles émissions 2035–2036 financent le reprofilage
Les services du FMI rappellent qu’en mars 2025, la Côte d’Ivoire a levé un Eurobond d’une maturité lointaine, converti en euros, avec pour objectif explicite de soutenir la stratégie de gestion de la dette, y compris via des opérations de rachat et de swap sur des souches préexistantes. Le bulletin de la dette publique détaille que ces émissions longues, notamment l’Eurobond arrivant à échéance en 2036, sont conçues pour allonger la maturité moyenne du portefeuille et pour compléter des opérations de rachat ciblant des obligations venant à échéance entre 2028 et 2032. Dans ce schéma, le rachat de l’Eurobond 2032 peut être analysé comme la contrepartie d’émissions nouvelles plus longues, permettant de transformer des remboursements concentrés à horizon cinq à sept ans en un calendrier s’étalant sur quinze ans ou davantage.
En février 2026, une nouvelle émission obligataire internationale d’un montant de 1,3 milliard de dollars a été réalisée avec une maturité finale de 15 ans et un coût de financement effectif d’environ 5,39 % en euros après couverture, présenté comme le plus bas pour une opération ivoirienne et en Afrique subsaharienne sur les cinq dernières années, selon une communication officielle relayée par Abidjan.net. Une analyse sectorielle publiée par Serrari Group souligne que le produit de cette émission de 1,3 milliard de dollars doit à la fois financer le budget 2026 et accompagner les opérations de gestion de la dette à travers des maturités plus longues, en cohérence avec la stratégie ivoirienne d’atténuation des risques de refinancement. La combinaison d’une fenêtre de marché favorable et d’un coût inférieur à la moyenne régionale donne un espace pour financer des offres de rachat sur des souches comme l’Eurobond 2032.
Comparaison régionale : la Côte d’Ivoire comme laboratoire de la gestion de passif en Afrique subsaharienne
Au début de 2026, le Trésor kényan a lui aussi recouru à une opération de rachat partiel ciblant des Eurobonds venant à échéance en 2028 et 2032, en acceptant le rachat d’environ 415,4 millions de dollars de titres selon des résultats publiés sur la Bourse de Londres, illustrant la montée en puissance des exercices de gestion de passif dans la région. Une analyse relayée par Capital Business précise que cette opération kényane, financée par une émission dual-tranche de 2,25 milliards de dollars, s’inscrit dans un programme soutenu par le FMI et vise explicitement à réduire les risques de refinancement par des rachats anticipés d’Eurobonds arrivant à échéance en 2028 et 2032. La Côte d’Ivoire s’inscrit dans cette même logique, mais avec un historique plus long d’opérations de gestion de passif, amorcées dès 2020 puis étendues en 2024 et 2025 selon les rapports conjoints FMI–autorités.
Un précédent de novembre 2020, documenté dans une consultation Article IV, évoque déjà un rachat significatif de titres arrivant à échéance en 2028 et 2032, combiné à une réduction de souches libellées en euros, confirmant que la gestion active de la courbe Eurobond fait partie de l’ADN de la politique d’endettement ivoirienne. Les mises à jour pays du FMI notent que cette stratégie s’est graduellement articulée autour d’un programme triennal combinant Facilité élargie de crédit, Mécanisme élargi de crédit et Facilité pour la résilience et la durabilité, avec un accent sur la mobilisation de ressources concessionnelles tout en maintenant un accès sélectif aux marchés internationaux. L’Eurobond 2032 devient dans ce contexte la variable d’ajustement d’un portefeuille où l’enjeu n’est plus l’accès au marché, mais la qualité du profil de dette.
Quelles implications pour le risque souverain ivoirien ?
Les autorités ivoiriennes mettent en avant dans leurs bulletins que les opérations de rachat et d’échange contribuent à allonger la maturité moyenne de la dette publique et à mieux répartir la charge de service de la dette extérieure sur le moyen terme. Les analyses d’investisseurs signalent que l’émission de février 2026 à un coût inférieur à la moyenne historique régionale améliore la courbe de crédit ivoirienne et renforce la perception d’une gestion prudente, dans un environnement où plusieurs émetteurs subsahariens font face à des primes de risque encore élevées. Cette combinaison d’un coût d’emprunt compétitif et de rachats ciblés sur des souches comme l’Eurobond 2032 réduit la probabilité d’un “mur de dette” au début des années 2030, ce qui se reflète dans la stabilité des spreads sur les titres ivoiriens.
Pour les investisseurs, l’enjeu est désormais de suivre de près trois indicateurs : le volume effectivement racheté sur la ligne 2032 à chaque opération, l’évolution de la maturité moyenne de la dette extérieure et la capacité budgétaire de l’État à absorber une hausse éventuelle des coûts de refinancement si la fenêtre de marché devait se refermer.
À retenir
- La ligne Eurobond 2032 en euros, d’un montant initial de d’euros, est au cœur du profil de remboursement extérieur de la Côte d’Ivoire.
- Des exercices répétés de gestion de passif, documentés par le Trésor et le FMI, visent à lisser les échéances 2028–2036 en finançant des rachats via de nouvelles émissions longues.
- L’Eurobond de milliard de dollars émis en février 2026 à un coût effectif d’environ % en euros fournit des marges de manœuvre pour des offres de rachat sur des souches existantes, dont celle de 2032.
- La Côte d’Ivoire se positionne comme l’un des laboratoires africains de la gestion active de la dette, aux côtés de pays comme le Kenya, qui multiplient eux aussi les rachats anticipés.
- Le risque souverain ivoirien dépendra de la capacité à poursuivre ces opérations de rachat 2032 tout en préservant une trajectoire budgétaire compatible avec le programme appuyé par le FMI.





