Le Maroc et le Sénégal viennent de donner un nouveau souffle à leur partenariat stratégique en signant une quinzaine d’accords et mémorandums de coopération à Rabat, à l’occasion de la 15ᵉ Grande Commission mixte tenue les 26 et 27 janvier 2026. Au‑delà des symboles, ce « paquet » d’accords couvre des secteurs clés comme l’agriculture, l’industrie, les PME, l’enseignement supérieur, les infrastructures, l’emploi et le numérique, avec l’ambition assumée de passer d’une relation historique à un partenariat économique beaucoup plus opérationnel.
Une commission mixte au service d’un partenariat « exemplaire »
La session de Rabat, présidée côté sénégalais par le Premier ministre Ousmane Sonko, a été l’occasion de revisiter le bilan de la coopération bilatérale et d’en élargir le périmètre. Les deux parties insistent sur le caractère « solide et exemplaire » d’une relation ancienne, que ce nouveau cadre entend adapter aux priorités économiques actuelles.
- Au total, 15 à 17 instruments juridiques (accords, protocoles, mémorandums) ont été signés, selon les sources, traduisant la volonté de densifier la coopération sectorielle.
- La Grande Commission mixte, qui ne s’était pas réunie à ce niveau depuis plusieurs années, est relancée comme organe central de pilotage du partenariat Maroc–Sénégal.
Agriculture, industrie et PME au cœur du dispositif
Une partie significative des accords vise à structurer des coopérations « business to business » et à rapprocher les écosystèmes productifs des deux pays. Rabat et Dakar entendent favoriser les investissements croisés, la co‑localisation d’unités industrielles et le transfert de savoir‑faire, notamment dans l’agro‑industrie, les chaînes de valeur agricoles et les PME.
- Des protocoles portent sur le développement de zones industrielles, de clusters et sur l’accompagnement des petites et moyennes entreprises, avec un accent sur l’emploi des jeunes.
- L’agriculture et l’agro‑industrie figurent parmi les priorités : partage d’expertise marocaine (irrigation, engrais, valorisation des filières) et appui au Sénégal pour renforcer sa sécurité alimentaire.
Enseignement supérieur, formation et mobilité des talents
Un autre bloc d’accords concerne l’enseignement supérieur, la recherche et la mobilité académique. Les deux pays ont signé un programme d’application sur deux ans pour intensifier les échanges d’étudiants, la co‑diplomation et les projets de recherche conjoints.
- L’accord prévoit l’augmentation des bourses, des places dans les universités et écoles marocaines pour des étudiants sénégalais, et le développement de partenariats entre établissements.
- La formation professionnelle et technique est aussi visée, avec un objectif de montée en compétences dans des secteurs stratégiques (industrie, BTP, numérique, santé).
Infrastructures, numérique et économie de la connaissance
Les infrastructures, l’économie numérique et les services figurent également au menu de cette nouvelle phase du partenariat. Le Maroc, qui s’affirme comme hub logistique et digital régional, se positionne comme partenaire technique pour l’accompagnement de projets sénégalais dans les transports, les télécoms et les plateformes digitales.
- Des mémorandums portent sur la coopération en matière de digitalisation des services publics, de promotion de l’économie numérique et d’échanges d’expertise entre agences et ministères.
- Les infrastructures (routes, ports, énergie) restent un pilier de la relation, avec la perspective de consortiums conjoints sur des projets publics et PPP.
Un partenariat Sud–Sud qui se muscle
Pour Rabat comme pour Dakar, cette « mise à jour » du partenariat illustre une vision assumée du Sud–Sud : moins de simple solidarité politique, davantage d’intégration économique, d’investissement croisé et de co‑construction de chaînes de valeur africaines.
- Le Sénégal voit dans le Maroc un partenaire capable de l’accompagner sur l’industrialisation, les services et le financement de projets, tout en diversifiant ses alliances au‑delà des partenaires traditionnels.
- Le Maroc consolide, lui, sa présence en Afrique de l’Ouest francophone, où ses banques, assureurs, opérateurs télécoms et industriels sont déjà très implantés.
Au‑delà des communiqués, la crédibilité de ce « nouveau chapitre » se jouera sur un point : la capacité à transformer ces accords en projets concrets, visibles sur le terrain, créateurs d’emplois et de valeur ajoutée de part et d’autre de l’Atlantique africain.
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