Résilience Climatique : l’Afrique compte sur les bassins transfrontaliers

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Résilience Climatique : l’Afrique compte sur les bassins transfrontaliers

L’Afrique place de plus en plus la gestion des bassins transfrontaliers au cœur de sa stratégie d’adaptation au changement climatique, en misant sur la coopération autour des grands fleuves, lacs et nappes partagées pour sécuriser l’eau, les écosystèmes et les moyens de subsistance. De la vallée du Nil au Sahel en passant par le lac Tchad, ces bassins deviennent des laboratoires de gouvernance climatique, où l’enjeu est autant écologique que politique et sécuritaire.

Les bassins partagés, nerf de la résilience

Pour les ministres africains et les institutions régionales, la gestion des bassins fluviaux et lacustres partagés est désormais considérée comme un pilier de la résilience climatique. Les variations de pluies, les sécheresses prolongées et les inondations récurrentes affectent simultanément plusieurs pays d’un même bassin, rendant indispensable une réponse coordonnée plutôt que purement nationale.

Au Sahel, la BAD soutient par exemple un projet de 9,48 millions de dollars pour renforcer la résilience des zones humides des bassins versants au Burkina Faso, Mali, Niger et Sénégal. Ces zones humides, essentielles pour l’agriculture, l’élevage et la pêche, sont dégradées par des pratiques non durables et par le changement climatique, ce qui menace directement les moyens de subsistance.

Quand le climat alimente les tensions autour de l’eau

Les responsables africains alertent sur le fait que le changement climatique accentue la vulnérabilité des communautés et peut aggraver les tensions autour des bassins transfrontaliers. Baisse des débits, avancée de la désertification, pression démographique et projets de barrages ou de transferts d’eau peuvent nourrir des conflits entre usagers et entre États riverains.

  • Le ministre marocain de l’Eau souligne que sécheresses, inondations et dégradation des écosystèmes accentuent les risques de tensions autour des ressources partagées.
  • Des rapports spécialisés montrent que l’évolution des régimes hydrologiques peut réduire la disponibilité d’eau, accroître les risques d’inondation et de sécheresse, et compliquer la gestion des frontières fluviales.

Le Nil et le lac Tchad en vitrine de la coopération

Certains bassins emblématiques servent de modèles pour une coopération climatique renforcée. Dans le bassin du Nil, le projet de coopération pour la résilience climatique (NCCR) soutient, depuis 2021, la gestion durable des ressources en eau et le renforcement des mécanismes de coopération entre pays riverains.

  • Le projet NCCR, mis en œuvre sous l’égide de l’Initiative du bassin du Nil, vise à renforcer les outils de planification, de partage d’informations et de gestion conjointe des risques climatiques.
  • La Commission du bassin du lac Tchad offre un autre cadre de gestion multi‑pays de la nappe phréatique et des zones humides, en lien avec les stratégies de la CEDEAO sur les ressources partagées.

Vers plus d’accords opérationnels sur les eaux partagées

À l’échelle mondiale, la coopération sur les eaux transfrontalières progresse, et l’Afrique subsaharienne fait partie des régions les plus avancées en termes d’accords opérationnels de co‑gestion. Le nombre de pays disposant d’accords couvrant la majeure partie de leurs bassins transfrontaliers est passé de 23 en 2017 à 43 en 2023, soit de 15% à 28% à l’échelle mondiale.

  • En Afrique subsaharienne, l’UNESCO note qu’environ 46% des pays concernés ont désormais des accords opérationnels pour cogérer l’essentiel de leurs bassins partagés.
  • Des communautés économiques régionales comme la CAE et l’IGAD intègrent la gestion des bassins transfrontaliers dans leurs stratégies climat et eau, encourageant des cadres communs de gouvernance.

De la gestion de l’eau à la sécurité humaine

Miser sur les bassins transfrontaliers, ce n’est pas seulement parler d’hydrologie : c’est toucher à l’agriculture, à l’énergie, à la sécurité alimentaire, aux migrations et à la paix. Une coopération renforcée autour de ces bassins peut réduire les risques de conflits, stabiliser les territoires, soutenir l’agro‑écologie et favoriser des solutions partagées d’adaptation au climat.

  • La Commission climat pour la région du Sahel, appuyée par la BAD, place la gouvernance des bassins au cœur de ses actions, avec un volet fort sur les services climatiques et les systèmes d’alerte précoce.
  • La vraie épreuve, dans les prochaines années, sera la capacité des États à traduire cette vision en projets concrets, financés et inclusifs, qui renforcent à la fois la résilience des écosystèmes et celle des communautés riveraines.
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