La Namibie s’impose progressivement comme l’un des nouveaux hubs africains des minéraux dits « critiques », indispensables à la transition énergétique mondiale. En misant sur la diversification de son secteur minier, le pays cherche à sortir du duo uranium‑diamants pour capter davantage de valeur dans les chaînes industrielles du cuivre, du lithium, du manganèse ou encore des terres rares.
Un sous‑sol stratégique pour la transition énergétique
Le contexte international joue en faveur de la Namibie : la demande mondiale explose pour les minéraux nécessaires aux batteries, aux véhicules électriques, aux énergies renouvelables et aux réseaux électriques. Lithium, cuivre, graphite, manganèse et terres rares sont au cœur de cette ruée, et la Namibie dispose d’un portefeuille particulièrement diversifié de ces ressources.
Selon une récente intervention de la CNUCED à Windhoek, le pays se distingue par une « remarquable gamme » de minéraux de transition énergétique, ce qui le place au centre des stratégies de sécurisation des chaînes d’approvisionnement des grandes puissances. Cette nouvelle donne renforce le positionnement du pays comme fournisseur clé, non seulement pour l’Europe, mais aussi pour l’Asie et l’Amérique du Nord.
588 permis de prospection et une ruée vers les projets
D’après les données relayées par l’Agence de Presse Africaine, la Namibie compte déjà 588 permis de prospection actifs, preuve d’un appétit croissant des investisseurs pour son potentiel minier. Ces permis couvrent un spectre large, allant bien au‑delà de l’uranium et des diamants vers le cuivre, le lithium, les terres rares et d’autres minéraux stratégiques.
Cette effervescence se reflète également dans les statistiques sectorielles : le secteur minier namibien aborde 2026 sur des bases solides, porté par des prix mondiaux favorables et une demande soutenue pour l’or, l’uranium et les métaux de base. Les revenus issus des sous‑secteurs non diamantifères ont fortement progressé, avec une hausse estimée de 54% de l’impôt sur les sociétés provenant de ces activités entre 2024/25 et 2025/26.
Une stratégie de montée en gamme : de l’export brut à la valeur ajoutée
Consciente des limites du modèle « exporter du minerai brut et importer des produits finis », la Namibie a clairement affiché son ambition : transformer ses ressources sur place. Le gouvernement a ainsi instauré en 2023 une interdiction d’exporter certains minéraux critiques non transformés, dont le lithium, afin d’encourager l’installation d’unités de traitement et d’industries de transformation dans le pays.
Cette orientation est formalisée dans la Minerals Beneficiation Strategy, qui vise à développer des activités locales de valorisation (raffinage, fabrication de matériaux intermédiaires, composants électriques, etc.). Une évaluation rapide réalisée avec le soutien de la CNUCED identifie 353 produits dans 23 secteurs où la Namibie peut se diversifier, dont 60 directement liés aux chaînes de valeur des minéraux de transition énergétique, représentant jusqu’à 811 millions de dollars d’opportunités à l’export.
Réformes réglementaires et nouveau cadre juridique minier
Pour consolider son statut de hub des minéraux critiques, Windhoek travaille aussi sur le cadre réglementaire. Le pays est en train de finaliser un nouveau projet de loi sur les minerais, dont l’adoption est attendue dans les prochains mois, afin d’aligner le secteur minier sur les nouveaux enjeux de gouvernance, de partage de valeur et de contenu local.
Parallèlement, la Namibie s’appuie sur des instruments plus larges de politique économique : plan national de développement, zones économiques spéciales, et utilisation stratégique du port de Walvis Bay comme porte d’entrée et de sortie régionale. Ces dispositifs viennent renforcer l’attractivité du pays auprès des investisseurs, tout en tentant de mieux encadrer les retombées locales des projets miniers.
Un secteur minier en plein essor, mais exposé aux risques
Les indicateurs récents montrent que le secteur minier namibien aborde 2026 « sur un pied solide », porté par des prix élevés de l’or, de l’uranium et de certains métaux de base. Le budget 2026/27 prévoit d’ailleurs que l’activité minière restera l’un des principaux moteurs de la croissance, avec une contribution significative aux recettes fiscales et aux exportations.
Cette dynamique s’accompagne toutefois de risques : volatilité des prix mondiaux, tensions géopolitiques, pressions sur les coûts domestiques (électricité, carburant) et défis environnementaux liés à l’extension rapide des projets miniers. La question de la soutenabilité sociale et écologique des projets, ainsi que celle de la répartition des bénéfices au sein de la population, restera centrale pour la légitimité de ce nouveau modèle extractif.
Quels enjeux pour la Namibie et pour l’Afrique ?
La trajectoire namibienne illustre un enjeu clé pour l’Afrique : transformer la « ruée vers les minéraux critiques » en véritable développement industriel, et non en simple répétition des cycles de dépendance aux matières premières. En cherchant à devenir un hub, la Namibie ne se contente pas de fournir les minerais de la transition énergétique, elle aspire à intégrer les segments à plus forte valeur ajoutée des chaînes de valeur – composants électriques, matériaux pour batteries, équipements.
Pour les investisseurs, le pays offre un triptyque attractif : ressources abondantes et diversifiées, cadre politique relativement stable et volonté affirmée de construire des partenariats de long terme autour de la valeur ajoutée locale. Pour la Namibie, l’enjeu sera désormais de transformer ce potentiel en emplois qualifiés, en PME locales intégrées aux chaînes de sous‑traitance et en infrastructures durables, afin que le statut de « nouveau hub des minéraux critiques » rime avec transformation structurelle de l’économie.
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