Le Ghana veut transformer sa diaspora en levier d’investissement. Face à des transferts estimés à 7,8 milliards de dollars en 2025, la Banque du Ghana prépare de nouveaux instruments financiers, dont des diaspora bonds, afin d’orienter une partie de ces flux vers des projets productifs plutôt que vers la seule consommation.
Une manne financière déjà stratégique
Les transferts envoyés par les Ghanéens de l’étranger ont fortement augmenté en 2025, passant d’environ 4,6 milliards de dollars en 2024 à près de 7,8 milliards de dollars en 2025. Selon la Banque du Ghana, ces flux représentent environ 6% du PIB et dépassent désormais les investissements directs étrangers.
Cette évolution confirme le poids croissant de la diaspora dans l’économie nationale. Pour les autorités, il ne s’agit plus seulement de recevoir des devises, mais de mieux canaliser ces ressources vers le financement du développement.
Pourquoi le Ghana mise sur les diaspora bonds
Le principe des diaspora bonds est simple : proposer aux expatriés des titres de dette ou des produits financiers dédiés, souvent assortis d’un cadre de confiance et d’objectifs précis, afin de financer l’économie nationale. Dans le cas du Ghana, l’idée est de convertir des envois d’argent souvent utilisés pour la consommation courante en capital d’investissement à plus long terme.
La Banque du Ghana souligne que la diaspora constitue un actif stratégique, à la fois source de devises, canal de transfert de compétences et passerelle vers les marchés financiers internationaux. Cette orientation s’inscrit dans l’initiative « Remit2Invest », qui vise à renforcer la formalisation des transferts et à développer des produits d’investissement adaptés à la diaspora.
Une opportunité, mais aussi des défis
Le potentiel est réel, mais la réussite dépendra de plusieurs conditions. Des travaux académiques sur le Ghana montrent que la diaspora ghanéenne peut être réceptive à ce type d’instrument, à condition d’avoir confiance dans la stabilité macroéconomique, la gouvernance et la crédibilité de l’émetteur.
C’est précisément le point sensible. Comme l’ont souligné plusieurs participants à la rencontre organisée aux États-Unis, la transparence, l’obligation de rendre compte et la sécurité des placements seront déterminantes pour convaincre les investisseurs de la diaspora. Sans garanties suffisantes, une partie des flux pourrait continuer à passer par des circuits informels ou rester orientée vers des usages non productifs.
Ce que cela change pour l’économie ghanéenne
Si le projet aboutit, le Ghana pourrait diversifier ses sources de financement et réduire sa dépendance aux marchés extérieurs classiques. Les diaspora bonds offriraient une nouvelle manière de financer les infrastructures, l’industrie, les services ou d’autres projets prioritaires sans recourir uniquement à la dette internationale traditionnelle.
L’enjeu dépasse la finance. Il s’agit aussi de renforcer le lien économique entre le pays et ses ressortissants à l’étranger, en les traitant non comme de simples émetteurs de transferts, mais comme de véritables investisseurs de long terme.
Un signal pour l’Afrique
L’initiative ghanéenne s’inscrit dans une tendance plus large observée sur le continent, où plusieurs pays explorent les financements de la diaspora comme alternative aux sources externes classiques. Dans un contexte de tensions sur les marchés de capitaux et de besoin accru de financement domestique, ce type d’outil attire de plus en plus d’attention.
Le Ghana montre ainsi qu’une diaspora nombreuse et bien organisée peut devenir un pilier de la stratégie financière nationale. Reste à transformer l’intention en mécanisme crédible, lisible et attractif pour les Ghanéens de l’extérieur.
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