La Côte d’Ivoire vient de franchir une étape majeure dans sa transition énergétique avec la finalisation d’une obligation verte « Poro Power » de 43 millions d’euros, décaissée par l’Africa Finance Corporation (AFC). Cette opération, structurée en facilité bidevise (euros / francs CFA), vise à financer la construction d’une centrale solaire de 66 MW dans la région de Korhogo, dans le nord du pays.
Une première à l’échelle régionale
Ce montage constitue la première obligation verte de financement de projet en Côte d’Ivoire et la première du genre dans l’Union économique et monétaire ouest‑africaine (UEMOA). Le projet est porté par Poro Power, un promoteur spécialisé dans les infrastructures énergétiques, et devrait entrer en service en 2027.
Sur le plan symbolique, l’opération pose un nouveau standard de référence pour le financement durable des infrastructures en Afrique, en montrant qu’il est possible de mobiliser des capitaux privés pour des projets d’énergie renouvelable à grande échelle.
Impacts concrets : énergie, climat et accès
La future centrale de Korhogo devrait produire suffisamment d’électricité pour alimenter plus de 100 000 ménages ivoiriens, dans un contexte où la demande d’électricité continue de croître. Elle permettra également de réduire les émissions de CO₂ d’environ 72 000 tonnes par an, ce qui aligne le projet avec les objectifs climatiques nationaux et africains.
Plus largement, cette installation s’inscrit dans la stratégie ivoirienne de monter à 45% la part des énergies renouvelables dans son mix électrique d’ici 2030. Elle s’ajoute à d’autres projets solaires déjà lancés (Boundiali, Sokhoro, Ferke, etc.), confirmant la Côte d’Ivoire comme l’un des moteurs de la transition énergétique en Afrique de l’Ouest.
Comment fonctionne cette obligation verte ?
L’obligation Poro Power est structurée comme une facilité bidevise (EUR/XOF) de 65 millions d’euros, dont 43 millions d’euros ont été décaissés dans un premier temps par l’AFC. Elle sert à financer la construction, mais aussi à sécuriser une partie du risque de change pour le promoteur, ce qui rend le projet plus attractif pour les investisseurs.
Contrairement à une dette souveraine classique, cette obligation est explicitement qualifiée de « verte » : elle répond à des critères environnementaux précis, établis selon les standards internationaux de la finance durable. Les fonds sont affectés exclusivement à la centrale solaire, ce qui renforce la transparence et la traçabilité des investissements.
Pourquoi cette opération est un signal fort pour les investisseurs
Pour les investisseurs institutionnels, cette transaction montre que les marchés africains peuvent accueillir des produits structurés et durables, avec un niveau de gouvernance et de risques maîtrisés. La participation de l’AFC, institution régionale spécialisée dans l’infrastructure, apporte une garantie de crédibilité et encourage d’autres financements privés dans le secteur.
Sur le plan macroéconomique, la Côte d’Ivoire confirme sa stratégie de recourir à la finance durable pour diversifier ses sources de financement, tout en alignant dette publique et développement vert. Cette approche pourrait inspirer d’autres États de l’UEMOA à structurer des obligations vertes ou sociales pour leurs projets d’infrastructures.
Enjeux à venir : scalabilité et maintien des standards
Si cette obligation verte marque une avancée décisive, plusieurs défis restent à relever :
- Élargir l’accès à ce type de financement à d’autres segments du secteur énergétique (mini‑réseaux, autoproduction industrielle, etc.).
- Renforcer les cadres réglementaires et de reporting pour garantir le respect des standards ESG (environnement, social, gouvernance) sur la durée.
- Assurer la continuité des investissements pour atteindre l’objectif de 2 000 MWc de capacité solaire d’ici 2040, comme l’envisage le gouvernement ivoirien.
En somme, l’obligation verte Poro Power n’est pas seulement un outil de financement : elle incarne une nouvelle manière de concilier croissance économique, accès à l’énergie et lutte contre le changement climatique en Afrique de l’Ouest.
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