Gisement transfrontalier Algérie-Libye : le bassin de Ghadamès entre dans le radar des décideurs énergétiques

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Gisement transfrontalier Algérie-Libye : le bassin de Ghadamès entre dans le radar des décideurs énergétiques

Publié le 31 mai 2026, un focus sur le bassin de Ghadamès et le champ algérien d’Al-Rar remet au centre du jeu un gisement transfrontalier partagé avec la Libye, dont la montée en puissance alimente les ambitions gazières d’Alger et les besoins de reconstruction de Tripoli.

Le 31 mai 2026, un article détaillé sur le bassin de Ghadamès a remis en lumière un cas emblématique de gisement transfrontalier entre l’Algérie et la Libye : un seul réservoir géologique, partagé de part et d’autre de la frontière, avec au cœur le champ gazier algérien d’Al-Rar dans la wilaya d’Illizi.Ce papier rappelle que la montée en puissance d’Al-Rar, situé dans la partie algérienne du bassin, résulte d’un accord de coordination sur un réservoir commun, qui a permis de porter la production de 16 à 24,7 millions de m³ par jour.

Selon cette analyse, le bassin de Ghadamès couvre une superficie totale de 390 000 km², dont une part majoritaire en Libye, une zone de production clé en Algérie dans la région d’Illizi, et un prolongement en Tunisie. Cette configuration transfrontalière, combinée à la pression européenne pour sécuriser davantage de gaz africain, fait de ce gisement partagé un levier stratégique autant pour Sonatrach que pour la National Oil Corporation (NOC) libyenne. Dans ce contexte, le « trésor caché » entre l’Algérie et la Libye cesse d’être un sujet purement géologique pour devenir un dossier de politique énergétique régionale.

« Le bassin de Ghadamès illustre comment la géologie impose une coopération de fait : un réservoir unique ne se gère pas avec des logiques de frontière administrative. » — Un cadre du secteur gazier maghrébin, propos recueillis par Capmad

Un gisement, trois pays, mais un axe Algérie-Libye déterminant

L’article du 31 mai insiste sur le fait que la Libye détient la plus grande partie du bassin de Ghadamès, tandis que l’Algérie s’appuie sur Al-Rar comme pilier gazier de la wilaya d’Illizi, à proximité immédiate de la frontière commune. Cette frontière terrestre s’étire sur près de 989 km, du tripoint tunisien au nord jusqu’au Niger au sud, ce qui rend les enjeux de surveillance et de sécurisation du sous-sol aussi sensibles que ceux du transit transsaharien. Dans la pratique, toute décision technique sur la gestion de pression, le drainage du réservoir ou le rythme de production d’un côté a des implications directes de l’autre côté de la frontière.

Toujours selon cette source, l’accord de coordination ayant encadré la montée en charge d’Al-Rar a fait école : il s’agit d’optimiser un réservoir unique en partageant des données géologiques et de production, tout en respectant les souverainetés nationales. Pour Alger comme pour Tripoli, cela ouvre la voie à des schémas de « réservoirs gérés en commun », sans pour autant aller jusqu’à des unités de production intégrées façon mer du Nord. Cette logique intéresse les bailleurs et les acheteurs européens, qui regardent d’abord la continuité de flux gaziers plus que la ligne frontière sur une carte.

Pourquoi le timing compte pour Alger et Tripoli

La mise en avant du cas Al-Rar intervient alors que la demande européenne en gaz africain se recompose, avec une diversification forcée après la crise d’approvisionnement russe, et que le Maghreb réactive plusieurs chantiers d’interconnexion énergétique. En parallèle, l’Algérie a validé début mai un contrat de développement de champ évalué à 1,1 milliard de dollars avec un consortium italo-égyptien dans le bassin de Berkine, confirmant une stratégie de montée en capacité gazière appuyée sur des partenariats ciblés. Pris ensemble, ces signaux renforcent l’idée que la frontière orientale de l’Algérie, du Berkine au Ghadamès, devient un corridor prioritaire pour les flux gaziers vers le nord.

Du côté libyen, le gisement partagé avec l’Algérie s’inscrit dans une séquence de reprise en main des actifs stratégiques par la NOC.Le 11 mai 2026, la NOC a ainsi annoncé avoir repris le contrôle total de la raffinerie et du complexe pétrochimique de Ras Lanuf après la sortie définitive de son partenaire étranger, présentant cet accord comme la clôture d’un des dossiers les plus complexes du secteur pétrolier libyen. La NOC y voit le début d’une nouvelle phase de relance industrielle, avec l’objectif de repositionner Ras Lanuf comme pôle majeur de raffinage et de pétrochimie en Méditerranée. Cette volonté de contrôle accru sur la chaîne de valeur met d’autant plus de pression pour valoriser efficacement les volumes de gaz produits côté Ghadamès.

Enjeux pour les investisseurs : géologie commune, risques politiques distincts

Pour les investisseurs qui regardent le Ghadamès comme un continuum géologique plutôt que comme une mosaïque de blocs nationaux, le message des dernières semaines est double. Côté algérien, le précédent d’Al-Rar prouve qu’un cadre de coordination sur un réservoir transfrontalier peut générer un saut mesurable de production, sans remettre en cause les prérogatives de Sonatrach ni le contrôle public sur les infrastructures. Côté libyen, la reprise de Ras Lanuf et la stratégie de la NOC de sécuriser ses actifs en amont et en aval rappellent que tout engagement sur la partie libyenne du bassin reste tributaire d’une trajectoire politique encore fragile.

Dans ce paysage, un même gisement raconte deux histoires de risque différentes : l’une marquée par la prévisibilité réglementaire mais une gouvernance d’État forte en Algérie ; l’autre par un potentiel géologique considérable mais une trajectoire institutionnelle toujours en recomposition en Libye. Pour un même volume de gaz en sous-sol, l’arbitrage capitalistique ne sera pas le même entre un bloc opérée par Sonatrach côté Illizi et une licence côté NOC soumise aux aléas de l’unification politique libyenne.

Prochaine étape : vers un cadre maghrébin des réservoirs partagés ?

Les signaux envoyés par l’accord de coordination sur Al-Rar, par la montée en puissance annoncée de la production dans le bassin de Ghadamès et par le discours sur une « intégration énergétique renforcée » entre Alger et Tripoli esquissent les bases d’un futur cadre maghrébin de gestion des réservoirs partagés. Le récent accord tripartite entre l’Algérie, la Tunisie et la Libye sur la gestion conjointe des eaux sahariennes d’un grand aquifère, conclu en avril et commenté le 20 mai 2026, montre que les trois capitales peuvent déjà s’entendre sur des ressources transfrontalières à forte sensibilité politique. Pour les réservoirs d’hydrocarbures, la même logique pourrait s’imposer : partage de données, protocoles conjoints d’exploitation, mais contrats et fiscalité gérés à l’échelle nationale.

À court terme, le prochain jalon à surveiller sera la traduction de cette coopération de fait en instruments juridiques explicites : accords techniques Sonatrach–NOC sur l’échange de données, éventuelles déclarations conjointes sur le Ghadamès en marge des rencontres énergétiques régionales, ou intégration des champs frontaliers à la préparation des futurs contrats d’exploration-production. C’est à ce niveau que le trésor caché entre l’Algérie et la Libye cessera d’être un cas d’école pour devenir un véritable test de maturité régionale en matière de souveraineté partagée sur les ressources.

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