Face à une crise hydrique de plus en plus grave, le Maroc engage un nouveau coup d’arrêt à la sécheresse avec la planification d’un barrage de 46 millions de dollars à Figuig, dans la région de l’Oriental. Une infrastructure stratégique qui s’inscrit dans le Programme prioritaire d’approvisionnement en eau potable et d’irrigation 2020-2027.
Figuig : une région en première ligne du stress hydrique
La province de Figuig, dans l’Est marocain, fait face à une pénurie d’eau critique qui a provoqué plus de 100 jours de manifestations pacifiques en 2026. La ville, connue pour être le fief du grand philosophe Mohamed Abed Al-Jabri, est au cœur d’une résistance déterminée pour l’accès à l’eau potable.
Le stress hydrique dans la région s’explique par plusieurs facteurs :
- Changement climatique (Réduction des précipitations, augmentation des sécheresses)
- Sur-exploitation des nappes (Épuisement progressif des ressources souterraines)
- Croissance démographique (Augmentation de la demande en eau potable)
- Activités agricoles (Irrigation intensive dans une région aride)
Le barrage Kheng Grou : un projet phare en construction
Le nouveau barrage de Figuig, appelé Kheng Grou, est déjà en construction avec des résultats prometteurs :
- Coût total : 1,2 milliard de dirhams (environ 120 millions $)
- Capacité de stockage : 1,07 milliard de m³
- Apports annuels : 107 millions de m³ d’eau
- Positionnement : 5ème plus grand barrage du Royaume
- Avancement des travaux : 49% (avril 2025)
- Livraison prévue : Juillet 2026
- Compétences : 100% marocaines
Les objectifs du barrage Kheng Grou
Ce projet stratégique vise plusieurs objectifs complémentaires :
- Approvisionnement en eau potable pour la région confrontée au stress hydrique
- Irrigation des terres agricoles pour soutenir l’économie locale
- Recharge des nappes phréatiques pour reconstituer les réserves
- Protection contre les inondations en régulant le débit des cours d’eau
Une réponse à la mobilisation citoyenne
Le projet intervient dans un contexte de tensions sociales autour de l’eau. Les manifestations de Figuig ont été déclenchées par la décision de confier la gestion de l’eau potable au « Groupe Al-Sharq Distribution », une société multiservices régionale.
La volonté de rationaliser la gestion de l’eau face à la rareté croissante a été l’un des arguments majeurs des élus ayant voté pour le transfert.
L’interconnexion des bassins : une solution innovante
Le gouvernement marocain a misé sur l’interconnexion entre les bassins pour sécuriser l’approvisionnement :
- Tranche urgente réalisée entre les bassins de Sebou et Bouregreg
- Débit de 15 m³/s pour un coût de 6 milliards de dirhams
- Approvisionnement en 300-400 millions de m³ d’eau potable annuellement pour Rabat et Casablanca
La chasse au gaspillage : une priorité gouvernementale
Au-delà des infrastructures, le gouvernement marocain a décidé de faire la chasse au gaspillage et de mieux rationaliser l’utilisation de l’eau. Cette approche complète la stratégie de développement des barrages pour garantir la sécurité hydrique du Royaume.
Ce qu’il faut retenir
Le barrage de Figuig illustre la réponse multidimensionnelle du Maroc au stress hydrique :
- Investissements massifs dans les infrastructures hydrauliques (150 Md de dirhams)
- Construction de 17 barrages pour augmenter la capacité de stockage de 5,6 milliards de m³
- Interconnexion des bassins pour sécuriser les zones clés
- Rationalisation de l’usage et chasse au gaspillage
Avec un achèvement prévu en juillet 2026, le barrage Kheng Grou deviendra le cinquième plus grand barrage du Maroc, contribuant à la sécurité hydrique d’une région stratégique de l’Est marocain.





