Le Burkina Faso commence à faire de l’hydrogène vert un futur pilier de sa stratégie « agriculture–eau–énergie », avec l’idée d’utiliser cette nouvelle filière pour produire des engrais, de l’électricité et des carburants propres au service de la sécurité alimentaire et de la transition énergétique.
L’hydrogène vert pour diversifier le mix énergétique
Lors d’un atelier tenu début février 2026, le ministère de l’Énergie a présenté l’hydrogène vert comme une technologie émergente à fort potentiel pour diversifier le mix énergétique du pays et réduire la dépendance aux importations de combustibles fossiles.
L’hydrogène vert est obtenu par électrolyse de l’eau, en séparant l’hydrogène de l’oxygène grâce à de l’électricité issue de sources renouvelables (solaire, biomasse, déchets), ce qui en fait une énergie sans émissions directes de CO₂.
Le Burkina Faso dispose de trois atouts clés pour cette filière : un ensoleillement exceptionnel, un potentiel en biomasse (résidus agricoles, biodigesteurs) et des besoins croissants en énergie pour l’irrigation, la transformation agroalimentaire et l’industrie.
Agriculture, eau, énergie : un même défi
Pour les autorités et les chercheurs, l’hydrogène vert est intéressant parce qu’il se situe au croisement de trois urgences :
- Agriculture : besoin d’engrais azotés et d’énergie pour pomper l’eau, irriguer et transformer les productions ;
- Eau : valoriser les ressources en eau (de surface et souterraines) en s’appuyant sur le solaire pour l’irrigation, tout en évitant la surexploitation ;
- Énergie : réduire la facture de pétrole importé et sécuriser l’accès à l’électricité en zone rurale.
Le Dr Bruno Korgo, coordinateur des énergies renouvelables et de l’hydrogène vert au sein de WASCAL, explique que l’hydrogène vert permet de produire localement :
- des engrais pour dynamiser un secteur agricole vital ;
- de l’électricité via des piles à combustible ;
- des carburants de synthèse, sans recourir aux ressources fossiles.
Des projets pilotes déjà en cours
Le pays ne part pas de zéro. Plusieurs initiatives structurent déjà cette vision :
- Le projet PV2H (Optimisation du solaire photovoltaïque pour la production d’hydrogène vert en Afrique de l’Ouest) teste la faisabilité technique de produire de l’hydrogène à partir de la centrale solaire de Zagtouli et d’autres installations photovoltaïques.
- Des études évaluent le potentiel de production d’hydrogène à partir de la biomasse, en s’appuyant sur un parc d’environ 17 000 biodigesteurs déjà installés dans le pays.
- Un projet de centrale électrique de 1 MW à partir de déchets est étudié à Ouagadougou pour coupler gestion des déchets et production d’énergie propre.
Selon le ministre Yacouba Zabré Gouba, ces technologies doivent progressivement « compléter les solutions déjà engagées dans le solaire » et aider à « rendre l’énergie plus accessible ».
Un levier pour la sécurité alimentaire dans le Sahel
Dans le Sahel, la FAO rappelle que des réserves en eau souterraine importantes restent sous-utilisées faute de solutions énergétiques abordables : le solaire et, demain, l’hydrogène, peuvent changer la donne pour l’irrigation et la productivité agricole.
L’enjeu pour le Burkina est de coupler :
- pompage solaire et hydrogène pour alimenter des systèmes d’irrigation modernes ;
- engrais produits localement pour améliorer les rendements ;
- stockage énergétique (via l’hydrogène) pour lisser l’intermittence du solaire et sécuriser la transformation agroalimentaire (froid, broyage, stockage).
À terme, l’hydrogène vert pourrait devenir un outil de réduction de la pauvreté rurale, en renforçant à la fois la production agricole, l’accès à l’énergie et la résilience face au climat.
Opportunités et défis à maîtriser
Les opportunités sont réelles : financements internationaux (Allemagne, Banque mondiale), transfert de technologies, création d’emplois qualifiés et positionnement du Burkina sur une filière d’avenir en Afrique de l’Ouest.
Mais plusieurs défis se posent déjà :
- coûts encore élevés des électrolyseurs et des infrastructures hydrogène ;
- besoin de cadres réglementaires clairs pour l’eau, l’énergie et la sécurité des installations ;
- risques de surextraction des nappes si l’irrigation se développe sans gouvernance stricte.
Le message des experts est donc double : oui, l’hydrogène vert peut devenir un pilier du triptyque agriculture–eau–énergie au Burkina Faso, mais à condition de le déployer progressivement, en gardant la priorité sur la sécurité hydrique, la durabilité environnementale et les besoins des petits producteurs.
✍️ Vous souhaitez apporter une contribution ?
Écrivez-nous pour un article invité : [email protected]
Écrire à la rédaction




