Le Tchad accélère son électrification avec le lancement de trois centrales hybrides solaire-diesel, pour un investissement de près de 5 milliards FCFA, visant à illuminer les villes secondaires de Bongor, Bol et Biltine. Ce projet, financé par la Banque africaine de développement, s’inscrit dans le Plan national « Tchad Connexion 2030 », qui ambitionne de porter l’accès à l’électricité à 60% d’ici 2030 dans un pays où seulement 6% de la population est électrifiée.
Détails techniques du projet
Le gouvernement tchadien a posé la première pierre le 17 février 2026 à Bongor, en présence des autorités locales et du ministère de l’Eau et de l’Énergie. L’entreprise tunisienne Tragedel est chargée des travaux, avec un délai de 12 mois pour achever les installations.
Les centrales sont hybrides, combinant solaire photovoltaïque (MWc), diesel thermique (MW) et stockage par batteries (MWh) : Bongor bénéficie de 2 MWc solaire + 2 MW thermique + 1 MWh ; Bol et Biltine chacune de 1 MWc solaire + 1 MW thermique + 0,5 MWh. Cette configuration assure une production stable, réduisant les pannes et la dépendance au diesel coûteux, tout en exploitant l’ensoleillement exceptionnel du pays (plus de 3 000 heures/an dans certaines zones).
Contexte énergétique du Tchad
Le secteur électrique tchadien repose majoritairement sur des centrales thermiques diesel, concentrées autour de N’Djamena, laissant les villes secondaires et zones rurales dans l’obscurité. Selon la Banque mondiale, le taux d’accès national est de 6%, tombant à 1-2% en rural, avec des coupures fréquentes dues aux pénuries de carburant et à un réseau faible.
Ce projet s’aligne sur « Tchad Connexion 2030 », qui prévoit 866 MW de nouvelles capacités, dont 520 MW solaires, pour atteindre 60% d’électrification et réduire les coûts énergétiques via les énergies renouvelables. Il complète d’autres initiatives comme Noor Chad (50 MW solaire + stockage) ou des extensions à Abéché, faisant du Tchad un leader africain avec déjà 36,7% de solaire dans son mix naissant.
Financement et partenaires impliqués
L’investissement de 5 milliards FCFA (environ 7,3 millions €) est intégralement financé par la BAD. Tragedel, experte tunisienne en infrastructures énergétiques, gère l’exécution EPC (ingénierie, procurement, construction).
Ce montage public-privé s’inscrit dans une vague d’investissements plus large : le Tchad vise 1,1 milliard USD pour l’électrification d’ici 2030, avec des partenariats Banque mondiale, SFI et investisseurs émiratis ou chinois pour des mini-réseaux et metro-grids solaires. Des projets comme ceux d’Elsewedy Electric (36 MW à Djermaya) ou Scatec renforcent cette dynamique.
Impacts économiques et sociaux attendus
Ces centrales hybrides boostent l’économie locale en alimentant industries, commerces et services publics à Bongor (capitale du Mayo-Gbossou), Bol (lac Tchad) et Biltine (Ouaddaï), zones stratégiques pour l’agriculture et le commerce frontalier. L’accès fiable à l’électricité favorise l’irrigation, la transformation agroalimentaire, la réfrigération et l’éducation nocturne, créant emplois et revenus.
Environnementalement, le solaire hybride évite des milliers de litres de diesel par an, réduisant CO2 et coûts opérationnels (jusqu’à 40% d’économies vs pur diesel). Socialement, il combat la pauvreté énergétique, stimulant le développement inclusif dans ces villes secondaires où l’électricité dope la qualité de vie et attire les investissements.
Perspectives pour l’énergie solaire au Tchad
Ce lancement marque une accélération vers les objectifs 2030, avec 350 MW de solaire en pipeline autour de la capitale et des extensions décentralisées. Le Tchad, fort de son potentiel solaire, pourrait exporter de l’énergie vers les voisins via des interconnexions (ex. Cameroun, 100 MW importés d’ici 2027).
Les défis persistent : maintenance des batteries, extension du réseau et attractivité pour PPP face à l’instabilité sécuritaire. Le succès du projet pourrait catalyser d’autres mini-centrales, visant 90% d’accès en 2030 et positionnant le Tchad comme hub renouvelable sahélien.
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