Entre le boom pétrolier qui dope la croissance et une instabilité sécuritaire et politique persistante, Moody’s maintient le Niger en zone de très haut risque avec une note souveraine Caa3, l’une des plus basses de son échelle.
Une note Caa3 qui reflète la fragilité
Moody’s a publié fin janvier 2026 les résultats de son examen périodique de la situation financière du Niger, confirmant la note de long terme Caa3 avec perspective stable.
Cette notation traduit un risque de défaut de paiement très élevé, lié à un environnement sécuritaire dégradé, des finances publiques sous tension et une faible capacité de remboursement, aggravée par le défaut de 2023 suite aux sanctions CEDEAO post-coup d’État.
Malgré ces fragilités, l’agence n’anticipe pas de dégradation immédiate, reconnaissant la résilience économique du pays.
Boom pétrolier : un soutien à la croissance
L’économie nigérienne affiche une croissance robuste : plus de 10% en 2024 grâce au démarrage des exportations pétrolières, et environ 6,6% attendus en 2025. Le déficit du compte courant s’est réduit à 3,4% du PIB en 2025 (contre 6% l’année précédente), porté par les recettes pétrolières qui améliorent la position extérieure. Les secteurs du pétrole, de l’uranium et de l’or offrent un potentiel important, mais leur développement reste freiné par l’instabilité politique et les risques opérationnels.
Finances publiques : une marge trop étroite
Malgré les revenus pétroliers, les recettes fiscales ne représentent que 11-12% du PIB, bien en deçà de la norme UEMOA de 20%. Le déficit public est anticipé proche de 3% du PIB, mais la trésorerie de l’État est tendue : dépendance à des prêts régionaux coûteux, arriérés de paiement à 1,1% du PIB début 2025.
Privé de financements bilatéraux depuis le coup d’État, le Niger peine à refinancer sa dette, malgré le maintien dans l’UEMOA qui assure la stabilité monétaire du FCFA.
Instabilité : le talon d’Achille
L’attaque à l’aéroport de Niamey (janvier 2026) illustre les risques sécuritaires persistants qui découragent les investissements étrangers. La fermeture de la frontière avec le Bénin et les différends dans les secteurs pétrolier/minier aggravent l’isolement financier et commercial.
Moody’s voit dans ces tensions un frein majeur à la transformation des recettes pétrolières en croissance inclusive et durable.
Perspectives : stable mais précaire
La perspective stable repose sur la poursuite des exportations pétrolières, mais Moody’s alerte sur les vulnérabilités aux chocs climatiques, sécuritaires et des matières premières.
- Amélioration possible si : investissements productifs des recettes pétrolières, reprise de l’uranium, accès à des financements abordables.
- Risque de dégradation si : aggravation sécuritaire, isolement prolongé ou rechute financière.
- Pour le Niger, le défi est clair : transformer le « boom pétrolier » en bouclier contre l’instabilité, sans quoi le pays reste piégé en zone de très haut risque.
✍️ Vous souhaitez apporter une contribution ?
Écrivez-nous pour un article invité : [email protected]
Écrire à la rédaction




