La Banque centrale d’Égypte (CBE) a décidé maintenant hier d’interrompre son cycle d’assouplissement, maintenant ses taux directeurs à 19 % sur les dépôts de nuit et 20 % sur les prêts, selon un communiqué du Comité de politique monétaire. C’est le deuxième maintien consécutif, après une halte similaire en avril, en dépit d’une accélération de la croissance économique qui s’annonce comme une aubaine pour les investisseurs mais aussi un casse-tête pour les décideurs.
La croissance s’accélère, mais l’inflation résiste
La croissance économique de l’Égypte a atteint 5,3 % lors du premier semestre de l’année fiscale en cours, marquant une récupération large et accélérée sur six trimestres consécutifs, selon le ministre de la Planification et du Développement économique Ahmed Rostom, avec une progression depuis 2,4 % en FY 2023/24 jusqu’à 4,4 % en FY 2024/25. Le secteur manufacturier, le tourisme et les technologies de l’information ont tiré cette expansion vers le haut.
Or, là réside le dilemme monétaire : la Banque centrale s’attend à une accélération de l’inflation au cours du troisième trimestre 2026, alimentée par des effets de base défavorables, des pressions du côté de l’offre liées aux conflits régionaux en cours, les mouvements de change et les mesures d’ajustement budgétaire. Le Comité de politique monétaire a justifié son maintien des taux en invoquant son évaluation récente des développements inflationnistes et des perspectives, avec une inflation annuelle attendue pour dépasser sa fourchette cible de 7 % (±2 %) en moyenne au cours du dernier trimestre 2026 avant de décliner graduellement.
Les réformes structurelles attirent les investissements privés
Si la banque centrale freine, c’est parce que l’économie réelle montre des signaux encourageants pour les investisseurs. Le gouvernement vise une croissance économique de 5,4 % et des investissements totaux de 3,7 billions d’EGP pour l’exercice fiscale 2026/27, avec une part du secteur privé estimée à 59 % , soit 2,2 billions d’EGP. C’est un renversement significatif : la part du secteur privé dans les investissements totaux a augmenté à 57,3 % en 2025, contre 42,5 % en 2021.
Les réserves internationales nettes se sont élevées à 52,8 milliards USD à la fin de mars 2026, et les actifs étrangers nets des banques commerciales ont également progressé significativement, atteignant 12,2 milliards USD en décembre 2025, indiquant une plus grande capacité à absorber les chocs externes. Un soutien macroéconomique rare dans une région troublée par les tensions géopolitiques.
Le compromis des décideurs : stabilité d’abord
Le calendrier de la CBE reflète une priorité claire : éviter qu’une reprise fragile ne cède face à des pressions inflationnistes importées. La CBE a maintenu ses taux clés à 19 % le 2 avril 2026, interrompant son cycle d’assouplissement au milieu du conflit régional, le Comité de politique monétaire visant à maintenir les attentes d’inflation ancrées et à restaurer la désinflation. Selon les estimations de la Banque centrale, l’inflation annuelle moyenne devrait diminuer à environ 10,5 % en 2026.
Mais cette pause cache aussi une évolution. Le FMI a autorisé l’Égypte à puiser 2,3 milliards USD d’un prêt antérieurement approuvé, notant que le pays a progressé dans la restauration de la stabilité économique et la réduction de l’inflation dans le cadre d’un programme de réforme, qui a créé une récupération économique généralisée. Les caisses de réserve gonflent, les réformes structurelles trouvent preneur auprès du secteur privé, et la croissance s’accélère — autant de signaux que les investisseurs attendaient d’un marché émergent nord-africain clé.
Le test des mois à venir : maintenir cette trajectoire sans que l’inflation ne vire au chaos, tout en permettant aux taux de revenir progressivement vers des niveaux plus normalisés qui récompensent le capital-risque. Pour l’instant, la CBE joue serré.




