Section 301 : sept pays africains ciblés par la nouvelle surtaxe douanière de Donald Trump

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Section 301 : sept pays africains ciblés par la nouvelle surtaxe douanière de Donald Trump

Le 2 juin 2026, le représentant américain au Commerce a proposé d’ajouter une surtaxe de 10 % à 12,5 % sur les importations en provenance de 60 partenaires, dont sept pays africains, accusés de ne pas interdire ou faire respecter l’interdiction des biens issus du travail forcé. …

Le 2 juin 2026, le représentant américain au Commerce (USTR), Jamieson Greer, a publié une proposition d’actions au titre de la Section 301 du Trade Act de 1974 prévoyant l’instauration de droits additionnels de 10 % à 12,5 % sur les importations en provenance de 60 économies jugées défaillantes dans la lutte contre le travail forcé, dans un mouvement soutenu par le président Donald Trump. L’USTR explique que ces économies n’imposent pas ou n’appliquent pas efficacement une interdiction des biens produits avec du travail forcé et propose, pour y répondre, une surtaxe de 10 % ou 12,5 % sur leurs exportations vers les États‑Unis.  Cette initiative place sept pays africains – Algérie, Angola, Égypte, Libye, Maroc, Nigeria et Afrique du Sud – dans la ligne de mire de Washington.

Selon les calculs du cabinet ONE Data, l’augmentation de la fiscalité américaine pèserait surtout sur l’Égypte, le Maroc et l’Afrique du Sud, dont la structure d’exportations vers les États‑Unis est fortement exposée aux nouveaux droits proposés. Pour l’administration américaine, ces mesures s’ajoutent à la surtaxe globale de 10 % adoptée en février 2026 après l’invalidation par la Cour suprême d’un précédent dispositif, et visent à ancrer durablement une couche de droits fondés sur la cause du travail forcé.

Qui sont les sept pays africains visés ?

L’article de David Thomas identifie sept économies africaines susceptibles de se voir appliquer la surtaxe Section 301 : Algérie, Angola, Égypte, Libye, Maroc, Nigeria et Afrique du Sud. Dans la mécanique envisagée par l’USTR, les pays ayant adopté ou partiellement mis en œuvre une interdiction des importations issues du travail forcé seraient soumis à un droit additionnel de 10 %, tandis que ceux jugés inactifs feraient face à un taux de 12,5 %.

Pour l’Égypte, qui exporte chaque année pour environ 2,6 milliards $ vers les États‑Unis, ONE Data estime que le taux effectif moyen (effective tariff rate, ETR) grimperait de 11,9 % à 13,8 %, soit une hausse de 1,9 point, du fait de la concentration des ventes sur le textile et l’habillement. Au Maroc, dont les exportations vers les États‑Unis avoisinent 1,8 milliard $, l’ETR augmenterait de 9,9 % à 11,4 %, là encore avec un impact marqué sur l’habillement et l’agro‑alimentaire (poisson transformé et fruits).

L’Afrique du Sud, avec un flux exporté d’environ 14,6 milliards $, verrait son ETR progresser de 0,9 point pour atteindre 10,4 %, l’essentiel de la hausse étant concentré sur les métaux précieux, pierres et joaillerie, tandis que les véhicules sont déjà frappés par un droit séparé de 25 % et ne subiraient pas de surcharge supplémentaire. Les quatre autres pays africains ciblés – Algérie, Angola, Libye et Nigeria – exportent principalement du pétrole brut, un produit déjà taxé à un niveau proche de zéro et exclu de la surtaxe Section 301, de sorte que l’impact sur leurs ETR serait jugé marginal.

Une nouvelle strate sur l’architecture tarifaire Trump

L’USTR rappelle que cette offensive sur le travail forcé intervient dans un paysage juridique fragilisé par une décision de la Cour suprême jugeant illégale l’utilisation de l’International Emergency Economic Powers Act (IEEPA) pour instaurer des droits de douane généralisés, ce qui a conduit la Maison‑Blanche à s’appuyer sur la Section 122 du Trade Act de 1974 pour instaurer un droit global temporaire de 10 %. L’article souligne que ce filet de sécurité expirera le 24 juillet 2026 sauf intervention du Congrès, ce qui accentue la pression politique pour mettre en place des dispositifs plus ciblés mais durables, comme la nouvelle vague de mesures Section 301.

Les avis d’experts en commerce international soulignent que la procédure Section 301 – rapports détaillés, période de commentaires écrits et auditions publiques – fournit un habillage plus conforme aux règles de l’OMC, tout en offrant à Washington un outil extensible pour cibler des partenaires spécifiques au‑delà de la seule question du travail forcé. Les mêmes spécialistes notent toutefois que l’empilement des couches tarifaires complique la visibilité pour les exportateurs étrangers, qui doivent désormais gérer simultanément la surtaxe globale transitoire et les nouveaux droits Section 301.

Enjeux pour l’Afrique : préférences érodées et arbitrages industriels

L’analyse de ONE Data montre que les secteurs les plus touchés par la surtaxe envisagée sont les chaînes de valeur intensives en main‑d’œuvre – textile‑habillement, biens de consommation, transformation agro‑alimentaire – où l’Afrique misait sur ses préférences tarifaires et son coût du travail pour capter des investissements orientés export. En ajoutant jusqu’à 12,5 % à la fiscalité appliquée aux exportations vers le marché américain au‑delà du prélèvement global de 10 %,  l’initiative Section 301 réduit l’avantage préférentiel et renchérit des segments déjà très concurrentiels.

Pour nombre d’économies émergentes, dont les sept pays africains concernés,  la combinaison d’un risque de réputation lié au travail forcé et d’une fiscalité plus lourde pourrait accélérer des arbitrages de chaînes d’approvisionnement vers des pays jugés plus “conformes”.  L’article d’African Business insiste cependant sur le fait que, pour l’Afrique, l’impact immédiat reste concentré sur un nombre limité de secteurs et de pays, les grands exportateurs de brut bénéficiant de droits quasi nuls sur le pétrole et échappant à la surtaxe projetée.

Prochaine étape : fenêtre de commentaires jusqu’au 6 juillet

Le calendrier fixé par l’USTR prévoit une période de consultation écrite jusqu’au 6 juillet 2026 pour l’ensemble des parties prenantes, suivie d’auditions publiques, avant une décision finale sur la mise en œuvre des nouveaux tarifs. Les cabinets de conseil en commerce recommandent aux exportateurs des pays visés d’évaluer dès à présent leur exposition aux droits de 10 % et 12,5 % et, le cas échéant, de contribuer au processus de consultation pour tenter d’ajuster la liste de produits concernés.

Pour les autorités africaines, l’enjeu est double : se positionner dans ce débat juridique et politique à Washington, tout en renforçant au niveau domestique le cadre de lutte contre le travail forcé afin de limiter le risque de voir ces surtaxes s’installer durablement dans la relation commerciale avec les États‑Unis.

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