La Banque africaine de développement et le Programme alimentaire mondial ont signé et lancé le 22 mai 2026 un projet de 87 millions USD pour renforcer les systèmes alimentaires au Soudan et soutenir plus de 1,2 million de personnes vulnérables, dans un contexte de conflit prolongé et …
La Banque africaine de développement (BAD) et le Programme alimentaire mondial (PAM) des Nations unies ont signé et lancé le 22 mai 2026 un projet agricole d’un montant de 87 million s USD destiné à renforcer la résilience des systèmes alimentaires au Soudan et à soutenir plus de 1,2 million de personnes parmi les plus vulnérables.
Selon les partenaires du projet, cette enveloppe doit financer des activités agricoles et de protection sociale ciblant à la fois les ménages urbains et ruraux en situation d’insécurité alimentaire et les petits producteurs clés pour l’approvisionnement des marchés. L’initiative est présentée comme une réponse à l’urgence humanitaire, mais aussi comme un levier pour reconstituer progressivement les capacités de production dans un pays où les chocs climatiques et le conflit ont désorganisé les filières.
Un filet de sécurité dans un pays en crise prolongée
Les concepteurs du projet rappellent que plus de 1 9 million s de Soudanais sont aujourd’hui confrontés à une insécurité alimentaire aiguë, ce qui en fait l’une des crises alimentaires les plus graves au monde. Le PAM souligne que le conflit, les déplacements massifs et les restrictions d’accès humanitaire ont fragilisé l’ensemble de la chaîne d’approvisionnement alimentaire, de la production à la distribution.
Le pays fait aussi face à une crise nutritionnelle aiguë, avec des centaines de milliers d’enfants menacés de malnutrition sévère, tandis que près de 9 million s de personnes ont été déplacées à l’intérieur du territoire par les violences et les combats. Les agences humanitaires ont déjà mis en place un plan de prévention de la famine ciblant environ 9,3 millions de personnes, mais ce plan reste sous-financé.
Articulation entre aide d’urgence et relance productive
Le projet cofinancé par la BAD et le PAM doit combiner transferts alimentaires ou monétaires pour les ménages les plus exposés et appui à la production pour les agriculteurs, notamment via la fourniture d’intrants, le soutien à l’irrigation locale et l’amélioration des capacités de stockage. Les partenaires mettent l’accent sur le rôle de l’agriculture familiale, qui assurait avant la guerre l’essentiel des revenus pour près des deux tiers de la population et qui a été fortement touchée par la destruction des fermes et des marchés.
Les agences humanitaires rappellent que la moitié de la population soudanaise vit désormais dans un cycle de faim sévère, avec plus de 21 million s de personnes en insécurité alimentaire aiguë, dont 6,3 millions en situation d’urgence. Un rapport conjoint de la FAO et du PAM classe le Soudan parmi les pays à risque immédiat de famine si les interventions restent limitées et si le financement ne suit pas.
Une enveloppe significative mais encore en deçà des besoins
L’enveloppe de 87 million s USD annoncée pour ce nouveau programme s’ajoute à d’autres appuis récents, notamment une allocation de 12 million s USD mobilisée par les Nations unies pour renforcer la réponse à l’insécurité alimentaire au Soudan. Cette dernière vise à financer des opérations humanitaires immédiates, là où le projet BAD–PAM cherche à consolider la production et les systèmes alimentaires locaux.
Le PAM a reçu environ 9,8 milliards USD en 2024, un niveau élevé mais insuffisant pour couvrir l’ensemble des besoins mondiaux, tandis que les perspectives de financement restent sous pression en 2025 en raison de la baisse des contributions de certains donateurs. Les agences onusiennes préviennent que sans rattrapage rapide des financements, les risques de basculement en famine dans les principaux « hotspots » resteront élevés sur le second semestre 2026.
Prochaines étapes et points de vigilance pour les acteurs économiques
Les premières phases de mise en œuvre du projet BAD–PAM doivent se concentrer sur les zones où les marchés restent accessibles et où les organisations locales peuvent servir de relais pour identifier les ménages bénéficiaires et appuyer les petits producteurs. Le PAM souligne que les contraintes d’accès liées au conflit et à l’insécurité pèseront sur la vitesse de déploiement, en particulier dans les États les plus affectés par les combats.
Pour les bailleurs et les institutions financières de développement, la trajectoire des financements au cours des prochains mois constituera un indicateur clé, alors que le Soudan concentre à la fois la plus grande crise de déplacement interne au monde et l’une des plus fortes prévalences d’insécurité alimentaire aiguë. La prochaine actualisation des plans de prévention de la famine et des appels de fonds humanitaires pour 2026 sera un jalon critique pour mesurer si l’effort de 87 million s USD s’inscrit dans une dynamique de rattrapage ou reste marginal face à l’ampleur des besoins.
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