Depuis la réforme monétaire actée le 21 décembre 2019 entre l’UEMOA et la France, le débat sur le franc CFA se cristallise autour d’une idée fausse mais tenace : confondre la monnaie avec la richesse elle‑même. …
Une réforme concrète, un débat largement mal posé
Le 21 décembre 2019, les États membres de l’UEMOA et la France ont signé un nouvel accord de coopération monétaire qui acte notamment la fermeture du compte d’opérations au Trésor français et le transfert à la BCEAO de l’ensemble des ressources jusque‑là centralisées. Le même texte confirme le maintien de la parité fixe avec l’euro, au taux de 655,957 francs CFA pour un euro, et la garantie de convertibilité illimitée apportée par la France.
Dans ce contexte, plusieurs économistes de la région soulignent que la polémique sur le franc CFA repose en grande partie sur une confusion entre la monnaie – simple unité de compte et instrument d’échange – et la richesse réelle, c’est‑à‑dire la capacité productive et l’accumulation de capital. Des analyses récentes sur l’architecture monétaire ouest‑africaine rappellent que la réforme de 2019 modifie la gouvernance et les réserves, sans transformer la nature de ce régime de caisse de change ancré sur l’euro.
Monnaie, richesse et malentendus politiques
Les critiques les plus virulentes du franc CFA imputent à la seule monnaie la responsabilité de la pauvreté dans les pays de l’UEMOA et de la CEMAC, comme si une modification du régime de change suffisait à créer de la richesse, indépendamment du niveau d’épargne, de la productivité ou de la qualité des institutions. À l’inverse, certains défenseurs du dispositif présentent la stabilité du franc CFA comme un substitut à des politiques industrielles, oubliant qu’une monnaie forte ne compense pas un tissu productif peu diversifié.
Le franc CFA reste aujourd’hui la dénomination commune de deux monnaies distinctes – XOF en Afrique de l’Ouest et XAF en Afrique centrale – couvrant au total 14 États africains, avec un ancrage juridique et institutionnel différent mais un même principe de parité fixe avec l’euro. Les accords révisés prévoient que la France se retire des instances de gouvernance de la BCEAO, tout en maintenant un dispositif de garantie, ce qui alimente la controverse sur la réalité de la souveraineté monétaire acquise.
Le régime de change ne dit rien, en soi, du niveau de richesse
Les services du FMI rappellent que la contrainte principale pesant sur les pays de l’UEMOA tient moins au nom de la monnaie qu’à la faible diversification des exportations, à la dépendance aux matières premières et à des déficits budgétaires récurrents, qui limitent les marges de manœuvre même dans un régime de change stable. Les bilans agrégés de la BCEAO publiés avant la réforme montrent que la stabilité du franc CFA n’a pas empêché une montée progressive des déséquilibres budgétaires lorsque les cours des matières premières se sont retournés.
L’histoire de la zone franc illustre que des États ayant utilisé la même monnaie ont connu des trajectoires de croissance très divergentes, ce qui confirme que le régime de change ne détermine pas à lui seul la création de richesse réelle. Les scénarios envisagés pour l’avenir – poursuite des réformes internes, bascule vers une monnaie élargie de la CEDEAO ou sortie unilatérale – ne produiront des gains qu’à la condition de s’accompagner de réformes structurelles sur la fiscalité, l’intégration commerciale et le financement des infrastructures.
Ce que la confusion monnaie‑richesse coûte au débat africain
En assimilant la monnaie à la richesse, une partie du débat public réduit la réforme monétaire à un enjeu identitaire, là où les décideurs de la zone franc sont confrontés à des arbitrages concrets entre stabilité externe, financement de la croissance et soutenabilité de la dette. Les études sur la transition éventuelle vers l’ECO rappellent que le véritable test pour l’Afrique de l’Ouest sera la capacité à préserver la stabilité des prix tout en finançant un investissement massif dans les infrastructures et l’industrialisation, quel que soit le nom de la monnaie.
Les principes actuels de la coopération monétaire – parité fixe, garantie de convertibilité et discipline budgétaire – offrent un cadre lisible pour les investisseurs, mais réduisent la marge d’ajustement par le taux de change, ce qui impose de concentrer le débat sur les leviers réels de productivité, de diversification et de gouvernance publique. Les options de long terme identifiées par les institutions régionales convergent sur un point : sans clarification collective de ce que l’on attend de la monnaie – stabilité, crédibilité externe, intégration régionale – et de ce qui relève de la création de richesse – investissement, innovation, capital humain – la réforme du franc CFA restera un symbole plus qu’un outil de transformation.
Prochains points de passage pour les décideurs
La BCEAO doit encore décliner opérationnellement la pleine fin de la centralisation des réserves de change et la gestion autonome des avoirs rapatriés, ce qui implique des choix de politique de réserves et de communication monétaire vis‑à‑vis des marchés. Pour les investisseurs, les prochains jalons à surveiller portent sur l’articulation entre les réformes internes de la zone UEMOA et les discussions plus larges sur une éventuelle monnaie commune de la CEDEAO, afin d’évaluer si la clarification entre monnaie et richesse finit par se traduire dans les textes comme dans les politiques économiques.
✍️ Vous souhaitez apporter une contribution ?
Écrivez-nous pour un article invité : [email protected]
Écrire à la rédaction




