Le projet de câble sous-marin Via Africa, initié le 12 mai 2026 à travers un protocole d’accord entre Orange et plusieurs investisseurs internationaux, marque le lancement d’une phase de planification. Cette nouvelle infrastructure stratégique vise à relier l’Europe et l’Afrique.Selon Orange Wholesale, ce futur système renforcera la redondance tout au long de la façade atlantique en complément du câble 2Africa, mis en service fin 2025 et reliant plus de 30 pays africains.
Les couches de cette connectivité – câbles sous-marins, dorsales en fibre optique, réseaux 4G puis 5G – restent étroitement interconnectées, les auteurs rappelant que chaque panne majeure de câble sous-marin, comme en Afrique de l’Ouest en mars 2024, révèle la dépendance du continent à quelques routes critiques.
“Les câbles sous-marins sont le socle silencieux de la connectivité africaine : sans eux, ni 4G, ni 5G, ni cloud ne tiennent.” — Un responsable technique d’un opérateur ouest-africain, DataCup
Câbles sous-marins : capacité en hausse, vulnérabilité persistante
Les derniers grands systèmes – 2Africa porté par Meta et ses partenaires et le câble Equiano de Google – ont fait entrer l’Afrique dans une nouvelle ère de capacité internationale, avec pour 2Africa une capacité de conception annoncée pouvant atteindre 180 térabits par seconde, supérieure à la somme des systèmes antérieurs desservant le continent. Ce même système 2Africa, déployé par segments depuis 2023, a été déclaré achevé et activé fin 2025, après des mises en service progressives sur les côtes ouest et est et des atterrissements dans des pays comme la République démocratique du Congo, l’Angola et l’Afrique du Sud.
Le nouveau projet Via Africa se positionne dans ce paysage comme un câble additionnel entre l’Europe et l’Afrique par l’Atlantique, les opérateurs impliqués mettant en avant le besoin de diversité de routes et de redondance après les incidents répétés en mer Rouge et dans l’Atlantique. En aval, les opérateurs de pays comme l’Angola ont déjà inauguré leurs stations d’atterrissement 2Africa, officialisées en 2025, pour capter cette nouvelle capacité internationale et l’injecter dans leurs dorsales terrestres.
Les retards récents sur le segment Pearls de 2Africa, consécutifs à une situation sécuritaire dégradée en mer Rouge et dans le golfe, où le poseur de câbles Alcatel Submarine Networks a invoqué la force majeure, rappellent toutefois la dimension géopolitique de ces infrastructures.
Dorsales fibre : mailler les territoires intérieurs
À l’intérieur du continent, la priorité reste de tirer des dorsales fibre pour relier capitales, villes secondaires et frontières, comme le montre le projet de Backbone optique transsaharien au Niger, où plus de 1 000 kilomètres de fibre ont été réceptionnés fin 2025 avec l’appui de la Banque africaine de développement. Des schémas comparables structurent le Central Africa Backbone, dont la composante Cameroun, soutenue par la Banque africaine de développement, vise à constituer une dorsale régionale interconnectant les pays de la CEEAC via des liaisons haut débit.
En avril 2026, la Banque africaine de développement a approuvé un financement de 200 millions de dollars pour le projet de chaîne de valeur numérique au Nigeria, destiné à étendre la dorsale fibre et à combler les lacunes de connectivité dans le plus grand marché d’Afrique de l’Ouest. Les documents de projet de la composante République centrafricaine du Central Africa Backbone soulignent qu’une dorsale nationale continue reste un préalable pour moderniser les services publics et attirer les investissements privés dans le numérique.
4G et 5G : densifier l’accès final
Les réseaux mobiles 4G demeurent aujourd’hui le principal vecteur d’accès grand public au haut débit en Afrique, les auteurs de DataCup rappelant que ces réseaux reposent en arrière-plan sur des liaisons fibre et micro-ondes reliant stations de base, cœurs de réseau et points d’atterrissement des câbles. Dans les marchés les plus avancés comme l’Afrique du Sud, l’extension rapide de la fibre jusqu’au domicile par des acteurs comme Vumatel, dont la maison mère Maziv a obtenu en 2025 un financement de 25 milliards de rands auprès d’un consortium bancaire pour poursuivre les déploiements, change progressivement l’équation entre fixe et mobile.
En parallèle, l’essor des centres de données et des usages d’IA génère une demande accrue en latence réduite et en capacité stable, incitant les opérateurs à investir dans la 5G d’entreprise et les backbones urbains afin de supporter les applications industrielles et cloud. Le billet de DataCup insiste sur l’enjeu d’architecture : sans interconnexion efficace entre câbles sous-marins, dorsales nationales et réseaux mobiles, les promesses de la 5G restent théoriques pour la majorité des utilisateurs africains.
Les points de vigilance pour les investisseurs
- Concentration des routes internationales : malgré l’arrivée de nouveaux câbles, la dépendance à quelques corridors comme la mer Rouge ou le golfe de Guinée crée un risque systémique.
- Continuité des dorsales terrestres : des tronçons manquants entre capitales et frontières ralentissent la monétisation des capacités sous-marines.
- Cadre concurrentiel : l’équilibre entre mutualisation des infrastructures passives et concurrence sur les services reste clé pour éviter des rentes de position.
- Énergie et résilience : les réseaux 4G/5G denses et les centres de données exigent une alimentation électrique stable qui dépasse souvent les capacités actuelles des réseaux nationaux.
Face à ces contraintes, l’activation complète de 2Africa et la concrétisation de projets comme Via Africa d’ici la fin de la décennie constituent des jalons critiques pour les investisseurs comme pour les régulateurs nationaux, qui devront calibrer licences, obligations de partage et politiques de soutènement des dorsales intérieures.
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