Le dégel des relations diplomatiques entre le Niger et l’Algérie, officialisé lors de la visite du général Abdourahamane Tiani à Alger les 15 et 16 février 2026, relance le méga-projet du gazoduc transsaharien (TSGP). Ce pipeline de plus de 4 000 km, reliant le Nigeria à la côte algérienne via le Niger, transporte jusqu’à 30 milliards de m³ de gaz naturel par an vers l’Europe, pour un investissement estimé à 13 milliards de dollars.
Fin de la crise diplomatique et reprise des travaux
La visite officielle du chef de la junte nigérienne à Alger marque la fin d’une période de tensions initiée en avril 2025, suite à un incident de drone frontalier impliquant l’Algérie et le Mali. Lors de la conférence de presse conjointe, le président algérien Abdelmadjid Tebboune a annoncé que le groupe public Sonatrach prendrait en charge la construction du tronçon nigérien, avec un démarrage des travaux prévu juste après le mois de Ramadan (avril 2026).
Ce redémarrage s’inscrit dans un contexte de pragmatisme géopolitique, où les enjeux énergétiques priment sur les différends passés, permettant au Niger de se repositionner comme pivot régional. Les discussions ont également porté sur la coopération en matière de sécurité, d’électricité et de mines, élargissant le spectre de la réconciliation.
Un projet d’envergure stratégique pour l’Afrique
Le gazoduc transsaharien, ou TSGP (Trans-Saharan Gas Pipeline), s’étend sur 4 128 km : 1 037 km au Nigeria, 841 km au Niger et 2 310 km en Algérie. Lancé conceptuellement en 2009, il vise à acheminer le gaz du delta du Niger vers les terminaux algériens sur la Méditerranée, pour exportation vers l’Europe via le gazoduc Transmed (vers l’Italie) ou sous forme de GNL.
Pour le Niger, ce méga-projet représente une manne économique : droits de transit substantiels, création d’emplois, transferts de technologies via Sonatrach et valorisation de ses propres ressources gazières. L’Algérie consolide quant à elle son statut de hub gazier, diversifiant ses approvisionnements et renforçant ses exportations vers l’Europe en quête de sources alternatives au gaz russe.
Les étapes clés et le calendrier accéléré
Voici les principaux jalons du projet TSGP, relancé en 2026 :
- Origine : Accord initial Nigeria-Algérie-Niger en 2009, études techniques lancées en 2019.
- Avancées récentes : Signature d’accords en début 2025, avant la crise diplomatique.
- Relance actuelle : Engagement de Sonatrach pour le tronçon nigérien post-Ramadan 2026.
- Capacité cible : 20 à 30 milliards de m³/an, avec potentiel d’expansion.
- Achèvement estimé : 3 à 5 ans, selon les experts, pour un coût révisé à 13 milliards USD.
Ce calendrier ambitieux repose sur l’expérience algérienne en infrastructures gazières et sur la volonté politique des trois pays impliqués.
Enjeux économiques et géopolitiques majeurs
Au-delà de l’aspect énergétique, le TSGP diversifie les routes d’approvisionnement européen, dans un contexte de crise ukrainienne et de transition bas-carbone. Le Nigeria, avec ses réserves massives dans le delta du Niger, bénéficie d’un débouché stable vers l’Europe, tandis que l’Algérie optimise ses réseaux existants (Transmed, Medgaz).
Pour le Sahel, le projet dynamise les économies locales traversées, favorise l’intégration régionale et pourrait atténuer les tensions sécuritaires en générant des revenus stables. Cependant, il concurrence le gazoduc Nigeria-Maroc (via l’Atlantique ouest-africain), alimentant une rivalité algéro-marocaine larvée.
Défis sécuritaires et techniques à surmonter
Malgré l’élan diplomatique, le TSGP fait face à des obstacles persistants :
- Sécurité : Passage dans des zones instables (delta nigérian, Sahel) menacées par groupes armés et terrorisme.
- Financement : 13 milliards USD à mobiliser, avec une participation probable de l’Algérie et d’investisseurs européens/internationaux.
- Environnement : Impact sur les écosystèmes sahariens et respect des normes ESG pour les marchés export.
- Concurrence : Rivalité avec le projet Nigeria-Maroc, plus long (6 000 km) mais soutenu par Rabat.
Sonatrach, fort de son expertise, devra coordonner ces défis pour respecter les délais.
Perspectives pour le Niger et la région
Ce dégel positionne le Niger comme un acteur incontournable de l’énergie africaine, au carrefour du Nigeria et de l’Algérie. À terme, le TSGP pourrait catalyser d’autres projets interconnectés, comme l’export de gaz nigérien ou l’intégration au marché énergétique ouest-africain.
Si les travaux avancent comme annoncé, ce gazoduc symboliserait une réconciliation pragmatique et une opportunité de développement partagé, renforçant la résilience énergétique de l’Europe et du continent africain face aux chocs géopolitiques.





