L’Égypte et la Corée du Sud viennent de franchir une nouvelle étape dans leur rapprochement économique en signant une déclaration conjointe ouvrant la voie à un accord de partenariat économique global (CEPA), appelé à redessiner les flux d’échanges, d’investissements et de technologies entre les deux pays. Au‑delà de la baisse des droits de douane, ce cadre vise à faire de l’Égypte un hub industriel et logistique pour les entreprises coréennes vers l’Afrique, l’Europe et le Moyen‑Orient, tout en accélérant la montée en gamme industrielle égyptienne.
Un CEPA pour aller au‑delà des simples tarifs
La déclaration conjointe signée au Caire par le ministre égyptien de l’Investissement et du Commerce extérieur, Hassan El‑Khatib, et le ministre sud‑coréen du Commerce, Yeo Han‑koo, officialise le lancement des négociations en vue d’un CEPA. Ce type d’accord dépasse le simple libre‑échange pour intégrer l’investissement, le transfert de technologie, le développement industriel, la coopération logistique et la facilitation du commerce.
- Le texte s’appuie sur une étude de faisabilité conjointe entamée après un protocole d’accord signé en 2022 et sur les orientations données lors du sommet Égypte–Corée du 20 novembre 2025.
- Le gouvernement égyptien a déjà donné son feu vert au lancement formel des négociations, qui devront rester compatibles avec les règles de l’OMC.
Faire de l’Égypte un hub pour les entreprises coréennes
Pour Séoul, l’enjeu est clair : utiliser l’Égypte comme plateforme industrielle et commerciale pour gagner des parts de marché dans les économies émergentes, notamment en Afrique. En combinant la position géographique de l’Égypte, ses accords de libre‑échange (Zlecaf, UE, pays arabes) et la Zone économique du canal de Suez, les groupes coréens peuvent produire en Égypte et exporter à des conditions préférentielles.
- Le ministre Yeo Han‑koo a visité la zone industrielle et le port de Sokhna, soulignant leur potentiel comme base de production pour des exportations vers les États‑Unis, l’Europe et l’Afrique.
- Il a proposé un mécanisme de concertation régulière entre KOTRA (agence coréenne de promotion des investissements) et l’Autorité de la Zone économique du canal de Suez pour lever les obstacles et fluidifier l’implantation des entreprises coréennes.
Des secteurs stratégiques ciblés par le partenariat
La future coopération économique égypto‑coréenne se concentrera sur une palette large de secteurs jugés prioritaires par les deux parties. Il s’agit à la fois de consolider des industries existantes et de positionner l’Égypte sur des segments à plus forte valeur ajoutée grâce aux technologies coréennes.
- Sont cités parmi les domaines prioritaires : les industries de haute technologie, l’agriculture et l’agro‑industrie, les énergies renouvelables, le transport, les infrastructures et la fabrication.
- Côté industriel, l’Égypte met en avant ses matières premières et ses capacités de production pour attirer des projets dans le mobilier, le verre, le cristal, le marbre, la céramique, le textile, la pharmacie, les câbles électriques et les équipements de télécommunication.
Transfert de technologies et montée en compétences
L’accord ne se limite pas aux flux de marchandises : il vise explicitement à favoriser le transfert de technologies et le renforcement des compétences locales. L’Égypte veut capitaliser sur l’expertise coréenne en électronique, automobile, TIC, énergie et solutions intelligentes pour moderniser son tissu productif et développer des pôles d’excellence.
- El‑Khatib insiste sur la volonté d’« adopter des technologies coréennes avancées et des solutions intelligentes » pour en faire un levier de diffusion vers le reste du continent africain.
- La coopération s’articule avec des projets déjà lancés, comme le programme quinquennal égypto‑coréen de modernisation de l’éducation numérique dans 54 collèges publics, destiné à préparer les jeunes aux compétences du futur.
Quels enjeux pour l’Égypte et pour l’Afrique ?
Pour l’Égypte, ce partenariat économico‑industriel avec la Corée du Sud s’inscrit dans une stratégie plus large de diversification de ses alliances et de montée en gamme de son appareil productif. À terme, l’objectif est d’ancrer davantage le pays dans les chaînes de valeur mondiales, de créer des emplois qualifiés et de consolider son rôle de porte d’entrée vers l’Afrique.
- Si les négociations aboutissent, le CEPA pourrait devenir un modèle de coopération Asie–Afrique, combinant accès au marché, investissements productifs, transfert de technologie et intégration régionale via la Zlecaf.
- Pour les entreprises africaines, l’enjeu sera de s’insérer dans les futurs écosystèmes industriels égypto‑coréens (sous‑traitance, co‑localisation, joint‑ventures), afin que ce partenariat participe réellement à la transformation productive du continent.
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