L’Afrique progresse, mais l’effort de financement consacré à la recherche et développement reste très inégal selon les pays. Les économies qui investissent le plus dans la R&D sont principalement l’Égypte, l’Afrique du Sud, le Nigeria, le Kenya et le Rwanda, avec des niveaux proches ou supérieurs à 1% du PIB pour certains d’entre eux. À l’inverse, une grande partie du continent demeure très en retrait, loin de l’objectif de 1% du PIB fixé par l’Union africaine.
Une concentration autour de quelques leaders
Le classement des pays africains les plus actifs en matière de R&D montre une forte concentration des dépenses sur un petit nombre d’États. L’Égypte domine largement en volume, avec environ 16,43 milliards de dollars de dépenses, loin devant les autres pays du continent. L’Afrique du Sud se distingue aussi comme un pôle majeur d’innovation, portée par une montée de l’investissement privé, tandis que le Kenya et le Rwanda figurent parmi les économies les plus dynamiques sur le plan scientifique.
Cette concentration révèle une réalité structurelle : en Afrique, la capacité d’innovation dépend encore fortement de la taille de l’économie, de la stabilité institutionnelle et du niveau d’engagement des pouvoirs publics. Les pays les mieux classés sont souvent ceux qui ont su construire un écosystème plus favorable entre universités, État et secteur privé.
Le cas de l’UEMOA
Dans l’Union économique et monétaire ouest-africaine, le Sénégal apparaît comme le pays qui consacre la plus grande part de son PIB à la R&D, avec environ 0,58%. Il est suivi par le Burkina Faso et le Togo, mais à des niveaux bien plus faibles. La Côte d’Ivoire, malgré son poids économique régional, reste très en retrait avec un effort de R&D estimé à seulement 0,07% du PIB.
Ce décalage montre qu’une économie peut être puissante en taille sans pour autant investir suffisamment dans l’innovation. Or, sans recherche appliquée, les pays peinent à créer de la valeur locale, à industrialiser leurs économies et à réduire leur dépendance technologique. Pour l’UEMOA, l’enjeu est donc autant budgétaire que stratégique.
Pourquoi la R&D est décisive
La recherche et développement n’est pas un luxe réservé aux pays riches. Elle conditionne la montée en gamme des économies, l’amélioration de la productivité et la création d’emplois qualifiés. Les pays qui investissent dans la R&D renforcent généralement leur capacité à innover dans l’agriculture, l’énergie, la santé, le numérique et l’industrie.
À l’échelle continentale, le constat reste préoccupant : malgré les engagements politiques, le financement de la R&D en Afrique demeure très inférieur aux standards mondiaux. Cela limite la capacité du continent à produire ses propres solutions face aux défis de développement, de transformation numérique et de souveraineté industrielle.
Un enjeu de souveraineté économique
L’un des enseignements majeurs de ce classement est clair : l’innovation ne se décrète pas, elle se finance. Tant que les dépenses de R&D resteront faibles et concentrées dans quelques pays, l’Afrique aura du mal à réduire son retard technologique et à bâtir des économies plus résilientes. Le défi n’est donc pas seulement de publier plus de travaux scientifiques, mais de transformer la recherche en croissance, en emploi et en compétitivité.
Pour les États africains, augmenter l’effort de R&D signifie investir dans l’avenir. C’est aussi faire le choix d’une croissance moins dépendante des matières premières et plus fondée sur le savoir, l’innovation et la valeur ajoutée locale.





