Après un mois de janvier timide, les startups africaines ont frappé fort en février 2026. 40 start-up sur le continent ont levé plus de 272 millions USD le mois dernier, à travers des transactions d’au moins 100 000 USD. Ce chiffre marque une nette progression par rapport aux 174 millions USD de janvier et dépasse légèrement la moyenne mensuelle de 254 millions USD enregistrée au cours de l’année écoulée.
Le mois de février 2026 a officiellement enregistré le troisième total de financement le plus élevé pour n’importe quel mois de février depuis 2019, les deux seules performances supérieures étant celles des années 2022 et 2023, portées par des méga-transactions exceptionnelles.
Les deals qui ont fait la différence
La répartition des fonds révèle cependant une réalité contrastée : six startups ont capté environ 80 % du total des financements levés en février, illustrant à quel point le capital dans le secteur technologique africain reste concentré sur les grands projets.
Parmi les opérations phares du mois :
Spiro (Bénin/Kenya) — mobilité électrique : La startup de mobilité électrique basée au Bénin a sécurisé 57 millions de dollars de financement par dette à travers deux transactions distinctes.
Breadfast (Égypte) — e-commerce alimentaire : La plateforme égyptienne de livraison de courses en ligne a levé 50 millions de dollars dans le cadre d’un tour de table pré-Série C.
GoCab (Côte d’Ivoire) — mobilité urbaine : La startup de VTC ivoirienne a réuni 45 millions de dollars, un signal fort de la confiance croissante des investisseurs envers les solutions de transport urbain en Afrique francophone.
Solar Africa (Afrique du Sud) — énergie renouvelable : Avec 94 millions de dollars levés pour étendre son infrastructure d’énergie renouvelable, Solar Africa s’impose comme l’un des deals les plus significatifs du mois, témoignant de l’appétit des investisseurs pour la transition énergétique africaine.
Parmi les autres transactions notables, Terra Industries au Nigeria a ajouté 22 millions de dollars à un tour de table précédemment annoncé, le groupe éducatif Enko Education en Afrique du Sud a obtenu 22 millions de dollars sous forme de dette, et la fintech sud-africaine Lula a sécurisé 21 millions de dollars auprès de FMO, l’institution néerlandaise de financement du développement.
Une géographie du financement en mutation
Du point de vue régional, l’Afrique de l’Ouest a attiré la plus grande part des financements avec 53 % du total, suivie par l’Afrique du Nord avec 24 % et l’Afrique australe avec 21 %. L’Égypte a dominé avec 64 millions de dollars, suivie du Bénin avec 57 millions, de la Côte d’Ivoire avec 45 millions et de l’Afrique du Sud avec 44 millions.
Ce classement bouscule les habitudes. La montée en puissance de la Côte d’Ivoire, grâce au deal GoCab, illustre une tendance de fond : au-delà des quatre grands pôles habituels (Nigeria, Égypte, Kenya, Afrique du Sud), des marchés secondaires comme le Sénégal, le Ghana ou la Côte d’Ivoire commencent à attirer davantage de capitaux, ce qui témoigne d’une diversification croissante des infrastructures technologiques à l’échelle du continent.
Le grand pivot : la dette supplante les capitaux propres
L’un des signaux les plus importants de ce début d’année 2026 est peut-être structurel plutôt que conjoncturel. Les investissements en capital propre ont représenté 54 % du capital levé en février, tandis que le financement par dette en constituait environ 45 %, montrant que les startups se tournent de plus en plus vers des structures de financement alternatives, dans un contexte où le capital-risque reste prudent.
Cette tendance s’inscrit dans une mutation plus profonde. Une comparaison entre janvier-février 2025 et la même période en 2026 révèle une évolution structurelle majeure : les capitaux propres sont passés de 76 % du total à seulement 43 %, tandis que le financement par dette a bondi de 165 %, passant de 104 millions à près de 278 millions de dollars.
Cette tendance est particulièrement visible dans la climatetech : des startups comme Solar Africa et Spiro, dont les modèles d’affaires sont très capitalistiques en termes d’infrastructure, ont recours à la dette pour déployer leurs actifs physiques — panneaux solaires, vélos électriques — sans diluer excessivement leur capital.
Les investisseurs américains en retrait, les acteurs africains en hausse
L’écosystème de l’investissement en Afrique change de visage. Le nombre d’investisseurs américains actifs dans les deals de startups africaines a chuté d’environ 53 % entre les deux premières périodes de 2025 et 2026. Les investisseurs nord-américains encore présents en 2026 sont principalement des institutions gouvernementales ou à vocation d’impact, comme la IFC et la DFC américaine, plutôt que des fonds de capital-risque traditionnels.
En revanche, les investisseurs africains ont représenté un nouveau record de 45 % du total des sommes levées en 2025, contre une moyenne de 23 % entre 2022 et 2024, avec des entreprises et des institutions de financement du développement africain en première ligne.
Ce rééquilibrage est une bonne nouvelle pour la résilience à long terme de l’écosystème.
2026 : vers une année record ?
Les premiers chiffres de l’année donnent des raisons d’être optimistes. Les deux premiers mois de 2026 ont déjà dépassé le rythme de début 2025, avec un total de 575 millions de dollars, en hausse de 26,5 %.
Cette performance s’inscrit dans la continuité d’une reprise amorcée en 2025. Les startups africaines avaient levé 3,1 milliards de dollars en 2025, soit une hausse de 41 % par rapport à 2024, mettant fin à deux années de stagnation liées au resserrement monétaire mondial.
Si l’intérêt des investisseurs pour les technologies climatiques, la mobilité et le commerce numérique se maintient, 2026 pourrait offrir le paysage de financement le plus équilibré et le plus diversifié jamais observé dans l’histoire des startups africaines.
Ce que ces chiffres nous disent vraiment
Derrière les 272 millions de dollars de février, plusieurs leçons se dégagent :
1. L’Afrique verte attire les capitaux
La mobilité électrique et les énergies renouvelables ont dominé les deals du mois, signalant que l’Afrique est en train de devenir un terrain stratégique de la transition climatique mondiale.
2. L’Afrique francophone sort de l’ombre
Avec GoCab en Côte d’Ivoire et des tours de table notables au Maroc, au Sénégal et au Togo, les marchés francophones confirment leur montée en puissance.
3. La maturité du marché s’impose
Le recours croissant à la dette traduit moins une faiblesse qu’une sophistication : les startups africaines accèdent désormais à des instruments financiers plus diversifiés.
4. La dépendance au capital-risque occidental s’atténue
C’est peut-être le signal le plus encourageant : l’écosystème africain apprend à se financer de l’intérieur.





