La Tanzanie vient de franchir une étape majeure dans sa transition énergétique avec la mise en service progressive de la centrale solaire de Kishapu, d’une capacité totale de 150 mégawatts (MW), située dans la région de Shinyanga, au nord-ouest du pays. Ce projet stratégique doit renforcer la sécurité électrique nationale, soutenir la croissance industrielle et réduire l’empreinte carbone du secteur énergétique tanzanien.
Un projet solaire stratégique de 150 MW
La centrale de Kishapu est conçue pour être développée en plusieurs phases, avec un premier lot de 50 MW suivi d’une extension de 100 MW pour atteindre une puissance installée de 150 MW. Porté par la compagnie publique TANESCO, ce projet est présenté comme la première grande centrale solaire raccordée au réseau national en Tanzanie.
Implantée dans le district de Kishapu, dans la région de Shinyanga, l’installation bénéficie d’un gisement solaire particulièrement favorable, ce qui en fait un site idéal pour une production d’électricité stable et compétitive. La mise en service de 50 MW injectés sur le réseau doit déjà permettre d’alimenter des dizaines de milliers de foyers et d’entreprises locales.
Un levier clé pour la transition énergétique tanzanienne
Le gouvernement tanzanien affiche l’ambition de porter la capacité électrique installée du pays à 8 000 MW à l’horizon 2030, en s’appuyant sur un bouquet énergétique plus diversifié. Dans cette perspective, le solaire de Kishapu joue un rôle de pivot pour rééquilibrer un mix dominé par l’hydroélectricité et le gaz naturel, fortement exposés aux variations climatiques et aux chocs de prix.
En complétant les grands projets hydroélectriques, comme le barrage Julius Nyerere, le solaire permet de sécuriser l’offre, notamment en période de sécheresse ou de faible pluviométrie. Il s’agit aussi d’un signal fort envoyé aux investisseurs et bailleurs internationaux sur l’engagement du pays en faveur des énergies renouvelables.
Financement et partenaires du projet
Le projet de Kishapu bénéficie d’un montage financier associant l’État tanzanien et des partenaires de développement, notamment l’Agence française de développement (AFD), qui a accordé un prêt d’environ 130 millions d’euros pour la construction de la centrale et la modernisation du réseau électrique associé. Cet appui financier couvre à la fois l’installation photovoltaïque de 50 MW et le renforcement des infrastructures de transport et de distribution nécessaires à son intégration au réseau national.
Parallèlement, le gouvernement a mobilisé d’importantes ressources budgétaires – de l’ordre de plusieurs centaines de milliards de shillings tanzaniens – pour faire de Kishapu l’un de ses investissements renouvelables les plus significatifs de ces dernières années. Cette combinaison de financements souverains et concessionnels réduit le coût global du projet et facilite la viabilité économique à long terme.
Retombées économiques et sociales pour la région de Shinyanga
Au-delà de l’enjeu énergétique, la centrale de Kishapu est conçue comme un catalyseur de développement local dans le district de Kishapu et plus largement dans la région de Shinyanga. L’amélioration de l’accès à l’électricité doit soutenir plusieurs secteurs clés, notamment l’agriculture, les activités minières artisanales et les petites industries de transformation.
Les autorités locales soulignent que le projet a généré des emplois temporaires pendant la phase de construction et devrait créer des opportunités d’activités annexes (maintenance, services, commerces, hébergement) une fois l’exploitation pleinement lancée. Plus de 50 000 ménages sont appelés à bénéficier d’une alimentation plus fiable, ce qui améliore les conditions de vie, la scolarisation et l’accès aux services de base.
Défis : délais, réseau et intégration au mix
Comme de nombreux projets d’infrastructures en Afrique, Kishapu a connu des retards, notamment liés à des contraintes techniques et à la capacité du réseau à absorber et transporter l’électricité produite. La première phase de 50 MW, initialement annoncée pour 2024–2025, a vu son calendrier repoussé, illustrant les limites actuelles du réseau de transport tanzanien face à l’essor des renouvelables.
Ces difficultés ont mis en lumière la nécessité d’investir simultanément dans la production et dans les infrastructures de transmission (lignes à haute tension, postes, systèmes de contrôle) pour sécuriser l’intégration des nouvelles centrales. Les autorités ont d’ailleurs inscrit dans les accords de financement des volets spécifiques pour moderniser le réseau et réduire les risques de congestion ou de pertes d’énergie.
Une vitrine pour l’Afrique de l’Est
En devenant l’une des plus grandes centrales solaires raccordées au réseau en Afrique de l’Est, Kishapu renforce la position de la Tanzanie comme futur hub énergétique régional. À terme, la montée en puissance de ses capacités renouvelables combinée au renforcement des interconnexions pourrait permettre au pays d’exporter une partie de son surplus vers les marchés voisins.
Pour les autres pays africains, l’expérience de Kishapu constitue un laboratoire précieux en matière de montage de projets, de gestion de l’intermittence et de mise à niveau des réseaux électriques. Le succès de cette centrale pourrait encourager le déploiement d’autres parcs solaires à grande échelle sur le continent, dans un contexte où la demande d’électricité continue de croître rapidement.





