La Banque africaine de développement (BAD) a accordé une subvention de 184 millions USD à l’Éthiopie. Il s’agit de financer la phase II du corridor de transport Éthiopie–Djibouti–Soudan du Sud, axe stratégique pour le commerce et l’intégration régionale dans la Corne de l’Afrique. Cette enveloppe s’inscrit dans un programme plus large de 214,47 millions de dollars destiné à moderniser les infrastructures routières reliant les trois pays.
Un financement clé pour la phase II du corridor
L’accord de 184 millions USD signé entre l’Éthiopie et la BAD vise à soutenir la deuxième phase du projet de corridor de transport Éthiopie–Djibouti–Soudan du Sud, au cœur de l’Initiative pour la Corne de l’Afrique. Ce corridor joue déjà un rôle crucial, l’axe Addis-Abeba–Djibouti concentrant plus de 90% du commerce maritime éthiopien et assurant l’accès au port pour ce pays enclavé.
Ce financement provient de la « fenêtre concessionnelle » de la BAD, ce qui signifie des conditions financières adaptées à la situation d’un pays en développement. Il complète un paquet régional de 214,47 millions de dollars, comprenant également des subventions pour Djibouti et le Soudan du Sud, ainsi qu’un appui spécifique à ce dernier via le mécanisme de soutien à la transition.
Des travaux routiers structurants en Éthiopie
En Éthiopie, la phase II prévoit la construction d’une autoroute de 67 km entre Melka Jilo et Awash, identifiée comme le « maillon manquant » du corridor Addis-Abeba–Djibouti. Ce tronçon express permettra de fluidifier le trafic de marchandises vers Djibouti, de réduire les temps de trajet et d’optimiser les coûts logistiques pour les entreprises éthiopiennes.
Le projet inclut également le déploiement de systèmes de transport intelligents (ITS) sur ce segment, afin d’améliorer la gestion du trafic, la sécurité routière et la surveillance des flux de marchandises. Parallèlement, environ 50 km de routes secondaires seront améliorés pour renforcer la connexion des zones rurales et de production au corridor principal.
Modernisation des tronçons à Djibouti et au Soudan du Sud
À Djibouti, le programme régional de la BAD cible la modernisation du tronçon Dikhil–Mouloud (18 km), axe essentiel pour l’acheminement des biens entre l’intérieur du pays et les ports, ainsi que l’amélioration de 15 km de routes de desserte. Ces travaux visent à fiabiliser l’accès au port pour le trafic venant d’Éthiopie et, à terme, du Soudan du Sud, tout en soutenant la mobilité des communautés locales le long du corridor.
Au Soudan du Sud, les financements serviront principalement à mettre à jour les études pour la modernisation de 280 km de la route Kapoeta–Boma–Raad, future liaison vers l’Éthiopie et Djibouti. Cette étape est indispensable pour préparer des investissements ultérieurs dans un pays confronté à d’importants défis d’infrastructures et de fragilité institutionnelle.
Un levier pour le commerce et l’intégration régionale
La BAD présente ce corridor comme un « vecteur essentiel de développement », capable de réduire les coûts de transport, d’améliorer la connectivité aux ports de Djibouti et de relier les zones de production aux marchés régionaux et continentaux. En facilitant la circulation transfrontalière des biens et des personnes, le projet devrait stimuler les flux commerciaux, en particulier pour les chaînes de valeur agricole et d’élevage dont dépendent les communautés locales.
Pour l’Éthiopie, l’amélioration de l’axe Addis-Abeba–Djibouti consolidera sa position de hub économique de la région, tout en soutenant ses ambitions d’industrialisation via des corridors logistiques plus fiables. Pour Djibouti, l’augmentation du transit renforcera le rôle stratégique de ses ports, tandis que le Soudan du Sud pourra progressivement diversifier ses débouchés et réduire sa dépendance aux routes actuelles, souvent dégradées ou peu sécurisées.
Dimension sociale, formation et renforcement des capacités
Au-delà des infrastructures, le programme comporte un volet important de développement du capital humain et de renforcement des institutions publiques. En Éthiopie, il est prévu la création d’un centre de formation technique et professionnelle dans les domaines de l’automobile, de l’ingénierie et de l’agro-industrie, avec des programmes spécifiques pour 300 femmes et jeunes.
À Djibouti, dix ingénieurs, dont cinq femmes, bénéficieront d’un programme de stages professionnels, tandis qu’au Soudan du Sud, le projet appuiera les capacités du ministère des Routes et des Ponts et de l’Autorité des routes. La BAD prévoit également des actions de renforcement de compétences pour les agences routières en Éthiopie et à Djibouti, afin de garantir la durabilité et la bonne gestion des infrastructures financées.




