Ghana : la plus grande cimenterie d’argile au monde révolutionne le ciment vert en Afrique

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Ghana : la plus grande cimenterie d’argile au monde révolutionne le ciment vert en Afrique

Le Ghana vient d’inaugurer à Tema la plus grande cimenterie au monde à base d’argile calcinée, un investissement de 110 millions USD porté par CBI Ghana Ltd. Cette usine marque une étape symbolique dans la stratégie d’industrialisation du pays et dans la transition vers des matériaux de construction à plus faible empreinte carbone.

Une usine géante pour un ciment bas-carbone

Installée dans la zone franche industrielle de Tema, la nouvelle cimenterie affiche une capacité annuelle d’environ 1,5 million de tonnes de ciment, dont près de 400 000 tonnes de ciment à base d’argile calcinée. L’argile calcinée permet de remplacer une part importante du clinker, composant très énergivore du ciment traditionnel, ce qui réduit sensiblement les émissions de CO₂ par tonne produite.

Grâce à cette technologie, le Ghana se positionne d’emblée parmi les pionniers du “ciment vert” en Afrique, en s’appuyant sur des ressources locales d’argile au lieu d’importer massivement du clinker. Cette substitution limite la facture en devises du pays, tout en renforçant la résilience de la chaîne d’approvisionnement.

Un levier clé pour l’industrialisation et l’emploi

Au-delà de l’innovation technologique, le projet est présenté par le président John Dramani Mahama comme un pilier de la nouvelle phase d’industrialisation du Ghana. L’usine est conçue pour fonctionner en continu, 24 heures sur 24, ce qui s’inscrit pleinement dans la vision d’une “économie 24h/24” défendue par le chef de l’État.

La cimenterie a déjà généré plus d’une centaine d’emplois directs qualifiés (ingénieurs, techniciens, opérateurs) et plus de 1 000 emplois indirects dans la logistique, l’extraction de l’argile, le transport et les services associés. En pleine montée des besoins en logements et en infrastructures, cette dynamique devrait irriguer tout l’écosystème de la construction au Ghana.

Réduire les importations, renforcer la souveraineté industrielle

Jusqu’ici, une large partie des besoins en clinker du Ghana était satisfaite par des importations, avec un coût élevé pour la balance des paiements. En substituant une fraction significative de ce clinker par de l’argile calcinée locale, le pays réduit d’au moins 10% sa dépendance aux importations et garde davantage de valeur ajoutée sur son territoire.

Les autorités ghanéennes mettent également en avant la conformité du ciment produit aux règles d’origine de la ZLECAf/AfCFTA. Autrement dit, ce ciment “made in Ghana” pourra être exporté vers d’autres marchés africains tout en bénéficiant des préférences commerciales prévues par la zone de libre-échange continentale.

Un signal fort pour la transition écologique en Afrique

L’inauguration de cette cimenterie d’argile calcinée intervient dans un contexte où l’industrie du ciment est sous pression pour réduire son empreinte carbone, alors qu’elle représente une part importante des émissions mondiales liées à la construction. En misant sur cette technologie, le Ghana envoie un signal fort : l’industrialisation africaine peut se conjuguer avec sobriété carbone et innovation.

Le président Mahama a d’ailleurs rappelé l’objectif du gouvernement de porter la part de l’industrie manufacturière à au moins 15% du PIB d’ici 2030, en s’appuyant sur des projets structurants comme cette cimenterie. Ce type d’investissement illustre concrètement comment la politique industrielle, la transition énergétique et l’intégration régionale peuvent se renforcer mutuellement.

Quels enjeux pour le marché du ciment en Afrique de l’Ouest ?

Avec la hausse soutenue de la demande en ciment en Afrique de l’Ouest, cette usine positionne le Ghana comme un futur hub régional d’exportation de ciment bas-carbone. En face, des géants comme Dangote Cement ou d’autres producteurs régionaux multiplient aussi les projets d’expansion, ce qui annonce une intensification de la concurrence sur les prix, la qualité et l’empreinte environnementale.

Pour les États voisins, l’exemple ghanéen pourrait accélérer l’adoption de technologies similaires, notamment dans des pays disposant de gisements d’argile adaptés. Pour les investisseurs et les acteurs du BTP, cette nouvelle capacité ouvre des perspectives de coûts plus maîtrisés, de meilleure sécurité d’approvisionnement, et d’accès à des matériaux de construction plus compatibles avec les exigences ESG des bailleurs internationaux.

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