La guerre en Iran et le blocage quasi total du détroit d’Ormuz provoquent une pénurie mondiale d’engrais azotés, qui menace directement les prochaines récoltes en Afrique de l’Ouest, en particulier pour le cacao et le coton.
Contexte géopolitique et choc sur les engrais
Le conflit impliquant l’Iran a entraîné une forte réduction du trafic dans le détroit d’Ormuz, par lequel transite environ un tiers du commerce mondial d’engrais (urée, ammoniac, phosphates).
Les exportations d’engrais en provenance du Golfe, zone clé de production et de transit pour l’Afrique, l’Asie et l’Amérique latine, sont désorganisées, faisant bondir les prix et rallongeant les délais d’acheminement.
Pourquoi l’Afrique de l’Ouest est en première ligne
De nombreux pays ouest-africains restent fortement dépendants des importations d’engrais azotés et phosphatés, la production locale étant concentrée dans quelques pays africains seulement (Algérie, Égypte, Maroc…).
Le choc survient en pleine période de préparation de campagne agricole, ce qui laisse peu de temps pour trouver des alternatives ou renégocier des contrats, surtout dans les pays aux marges budgétaires limitées.
Filières clés menacées : cacao, coton et céréales
Les engrais conditionnent directement les rendements du cacao et du coton, deux piliers des économies d’exportation ouest-africaines : Côte d’Ivoire pour le cacao, Mali et Burkina Faso pour le coton, mais aussi Sénégal avec un calendrier agricole serré.
La filière cacao sort déjà affaiblie de plusieurs années de plantations vieillissantes, d’un usage limité d’engrais, d’investissements insuffisants et d’une forte volatilité des cours, ce qui rend toute nouvelle hausse de coût des intrants particulièrement dangereuse.
Du champ à l’assiette : un choc économique et social
La flambée des prix des engrais augmente les coûts de production des agriculteurs, mais aussi ceux du transport et des assurances, ce qui renchérit toute la chaîne de valeur agricole.
À moyen terme, la baisse possible des rendements peut réduire les volumes exportés, fragiliser les balances commerciales, et surtout accentuer les risques sur la sécurité alimentaire dans une région où les marges de résilience restent faibles.
Premières réponses et pistes de résilience
Certains États commencent à réagir : le Ghana, par exemple, mobilise des stocks et distribue des engrais pour soutenir les producteurs, tandis que plusieurs gouvernements approchent les grands négociants pour sécuriser des volumes.
À plus long terme, la crise relance le débat sur la nécessité de développer une capacité régionale de production d’engrais, de diversifier les fournisseurs et d’accélérer les politiques d’intensification durable (engrais organiques, efficacité d’usage, amélioration variétale) pour limiter la dépendance aux chocs géopolitiques.





