Le Burkina Faso a décidé de maintenir pour la campagne 2026 le prix minimum bord champ de la noix de cajou à 385 FCFA/kg, afin de sécuriser l’approvisionnement des usines locales de transformation et soutenir l’industrialisation de la filière anacarde.
Contexte de la décision
Le prix plancher bord champ de la noix brute de cajou au Burkina Faso reste fixé à 385 FCFA/kg pour la campagne 2026, exactement au même niveau qu’en 2025. Cette décision a été annoncée à Ouagadougou et Bobo‑Dioulasso par le ministre chargé de l’Agriculture, lors du lancement officiel des campagnes fruitières.
Dans un environnement marqué par des incertitudes sur la demande mondiale et un ralentissement anticipé du marché en 2026, les autorités burkinabè optent pour la stabilité des prix plutôt que pour un ajustement à la baisse, contrairement à certains pays voisins. Cette orientation s’inscrit dans la vision de transformation locale des matières premières portée par les autorités de transition.
Comparaison avec la Côte d’Ivoire et le Ghana
Alors que le Burkina maintient son prix à 385 FCFA/kg, ses voisins producteurs majeurs ont retenu des stratégies différentes. Le prix burkinabè reste inférieur à celui de la Côte d’Ivoire et nettement en dessous de celui du Ghana, ce qui améliore la compétitivité coût des transformateurs locaux tout en offrant une certaine visibilité aux producteurs.
Objectif : soutenir la transformation locale
Les autorités assument une approche tournée vers la transformation locale plutôt que la simple exportation de noix brutes. L’objectif est double : garantir aux unités industrielles un accès stable et suffisant à la matière première, et capter davantage de valeur ajoutée sur le territoire national.
Pour y parvenir, plusieurs leviers sont mis en place :
- Instauration d’une période d’achat exclusive du 21 février au 1er avril réservée aux transformateurs nationaux et à la SONAGESS, durant laquelle les exportations de noix brutes sont suspendues.
- Remise d’équipements et de financements aux unités de transformation, notamment via des projets comme ProMUTAB, afin d’augmenter leurs capacités et leur compétitivité.
- Mesures de régulation (interdictions temporaires d’exportation en 2025, contrôle des flux) pour que les usines puissent fonctionner plus près de leur capacité installée.
Malgré un potentiel de transformation estimé à plus de 30 000 tonnes depuis 2021, le pays ne transformait en 2024 qu’environ 10% de sa récolte (16 000 tonnes), d’où la volonté d’inverser la tendance.
Poids économique de la filière cajou
La filière anacarde est devenue un maillon important de l’économie rurale burkinabè, impliquant des dizaines de milliers de producteurs et des superficies en nette expansion. Les plantations de cajou couvrent plus de 670 000 hectares en 2023 pour une production annuelle approchant 183 000 tonnes, avec un pic récent à près de 148 000 tonnes en 2024 selon certaines estimations.
Sur le plan régional, l’Afrique de l’Ouest reste un pôle majeur de production de cajou, même si la récolte 2024 a reculé de plus de 15% par rapport à 2023. Des pays comme la Côte d’Ivoire, le Nigeria ou la Guinée‑Bissau dominent la production, ce qui place le Burkina dans une logique de différenciation par sa politique de transformation locale.
Enjeux pour les producteurs et industriels
Le maintien du prix à 385 FCFA/kg comporte à la fois des opportunités et des défis pour les différents acteurs de la chaîne de valeur.
Pour les producteurs :
- Un prix plancher stable limite le risque de chute brutale des revenus dans un contexte international incertain.
- Le prix reste toutefois inférieur à celui offert dans certains pays voisins, ce qui peut alimenter des frustrations ou des risques de sorties informelles de la production.
Pour les transformateurs :
- Un prix maîtrisé et sécurisé, couplé à une période d’achat exclusive, contribue à garantir l’approvisionnement en noix brutes et à améliorer la visibilité pour les investissements.
- Le défi reste de monter rapidement en capacité réelle de transformation, en renforçant la qualité, la productivité et l’accès aux marchés internationaux des produits transformés (amandes, coques valorisées, dérivés).
La campagne 2026 sera déterminante pour mesurer l’efficacité de cette stratégie : la question centrale est de savoir si la combinaison prix stable + préférence donnée aux transformateurs locaux permettra de réellement dynamiser l’industrialisation de la filière cajou au Burkina Faso.





