Réuni le 8 juin 2026 sous la présidence de Paul Kagame, le Conseil des ministres rwandais a approuvé la création d’une Agence nationale de l’intelligence artificielle (National Artificial Intelligence Agency), première institution du pays entièrement dédiée à cette technologie et chargée de piloter le développement et l’adoption de l’IA dans l’économie.Le Bureau du Premier ministre précise que cette nouvelle agence devra promouvoir l’innovation, attirer les investissements et renforcer la gouvernance de l’IA dans les secteurs public et privé.
Le gouvernement inscrit cette décision dans la continuité de sa politique nationale d’intelligence artificielle, adoptée en 2023, qui ambitionne de faire du pays un pôle africain de l’IA responsable en misant sur les compétences, la recherche et l’infrastructure de données. Le Conseil des ministres indique que l’Agence nationale de l’IA devra accélérer le développement, l’adoption, l’investissement et la gouvernance de l’IA afin de soutenir la transformation numérique et la croissance économique. Cette montée en gamme institutionnelle vise à passer d’une stratégie écrite à une capacité d’exécution centralisée.
“Artificial Intelligence (AI) has the potential to dramatically improve lives and livelihoods across the Republic of Rwanda …” — Ministry of ICT and Innovation, National AI Policy, MINICT
Une brique clé de la politique nationale d’IA
Le ministère des Technologies de l’information et de l’Innovation (MINICT) rappelle, dans la politique nationale d’IA, que la vision du Rwanda est de devenir un centre mondial de recherche et d’innovation en IA, avec pour mission de mobiliser cette technologie pour stimuler la croissance économique inclusive et améliorer la qualité de vie. Ce cadre stratégique identifie six axes d’intervention, allant du développement des compétences à la gouvernance des données, et prévoit une montée en maturité progressive des usages d’IA dans l’administration et les services essentiels. La nouvelle agence se positionne comme le bras opérationnel de cette feuille de route, en rationalisant un paysage jusque-là éclaté entre plusieurs entités.
Selon la décision du Conseil, l’Agence nationale de l’IA aura vocation à coordonner les initiatives publiques et privées, à favoriser l’émergence de solutions locales et à veiller au respect de principes éthiques dans l’usage de l’IA, notamment dans l’administration, la santé, l’éducation et l’agriculture. La structure sera placée au cœur de l’architecture de gouvernance numérique du pays, avec un mandat de suivi et d’évaluation des projets alignés sur la politique nationale d’IA.
Un écosystème déjà dense à structurer
En février 2026, le ministère rwandais de la Santé et d’autres entités publiques ont signé un protocole d’accord de trois ans avec l’entreprise américaine Anthropic pour déployer des outils d’IA dans la santé, l’éducation et certains services publics, notamment via l’accès au modèle Claude et des crédits d’API pour les équipes de développement gouvernementales. L’accord doit soutenir des objectifs de santé publique comme la lutte contre le cancer du col de l’utérus, la réduction du paludisme et de la mortalité maternelle, illustrant l’orientation très appliquée que Kigali donne à l’IA.
Un policy brief publié par le Programme des Nations unies pour le développement en 2026 souligne que le Rwanda se positionne rapidement comme leader continental en IA, s’appuyant sur la politique nationale d’IA, la loi sur la protection des données et des institutions comme le Centre for the Fourth Industrial Revolution Rwanda. Une analyse scientifique récente rappelle que Kigali vise à faire de l’IA un contributeur significatif à son produit intérieur brut dans un horizon rapproché, en ciblant notamment la recherche, l’analyse de politiques publiques et le suivi-évaluation des programmes. Dans ce contexte, l’agence vient combler un vide en matière de coordination, à mesure que se multiplient hubs, programmes de formation et partenariats internationaux.
Pour les investisseurs : une interface unique avec l’État
Les autorités rwandaises présentent la nouvelle agence comme un point focal pour les investisseurs et partenaires souhaitant cofinancer des solutions d’IA. Elle s’inscrit dans la montée en puissance d’initiatives locales orientées vers la santé, l’agri-tech, la fintech et les services publics numériques. En centralisant la préparation et l’évaluation des projets, l’agence doit aussi réduire les frictions administratives pour les acteurs privés, qui naviguaient jusqu’ici entre plusieurs entités sectorielles.
Le PNUD note que la crédibilité de la stratégie rwandaise dépendra de la capacité de l’État à articuler la réglementation, les incitations et les investissements dans les compétences, afin d’attirer des projets à forte valeur ajoutée plutôt que de simples pilotes symboliques. Les travaux d’experts sur les systèmes scientifiques rwandais insistent aussi sur la nécessité de renforcer les liens entre laboratoires de recherche, start-up et administrations pour faire émerger des cas d’usage d’IA à l’échelle. L’agence est appelée à jouer ce rôle d’interface, en arbitrant entre expérimentation rapide et exigences de souveraineté sur les données.
Prochaine étape : gouvernance, budget et feuille de route
Le communiqué du Conseil des ministres renvoie à des textes ultérieurs la définition détaillée de la gouvernance, des ressources humaines et du financement de l’Agence nationale de l’IA, qui devra être précisée par des arrêtés et éventuellement par la loi. Les premières priorités mentionnées portent sur la mise en œuvre des projets phares identifiés dans la politique nationale d’IA et sur l’accompagnement des ministères sectoriels dans la sélection de cas d’usage à fort impact. Pour les acteurs financiers comme pour les régulateurs, le prochain jalon sera la publication d’une feuille de route opérationnelle et d’un budget pluriannuel, qui permettront de mesurer le degré d’ambition réel de cette nouvelle pièce maîtresse de l’appareil numérique rwandais.
✍️ Vous souhaitez apporter une contribution ?
Écrivez-nous pour un article invité : [email protected]
Écrire à la rédaction




