L’Éthiopie s’impose désormais comme la deuxième destination la plus attractive pour les investissements directs étrangers (IDE) en Afrique, derrière l’Égypte. Cette montée en puissance confirme la place stratégique du pays dans la recomposition des flux d’IDE sur le continent, en particulier en Afrique de l’Est.
18,6 milliards de dollars d’IDE en cinq ans
Selon la Commission éthiopienne des investissements (EIC), l’Éthiopie a attiré 18,6 milliards de dollars d’IDE sur les cinq dernières années, ce qui la positionne au deuxième rang africain. Pour le seul exercice fiscal 2024/2025, qui s’est achevé le 7 juillet 2025, le pays a capté 4 milliards de dollars, soit une hausse de 22,7% par rapport à l’année précédente.
Toujours d’après l’EIC, l’Éthiopie a délivré 1 477 nouveaux permis d’investissement à des investisseurs étrangers sur cette période, signe d’un élargissement de la base d’investisseurs et d’une confiance croissante dans le marché local. Ces flux massifs ont fait de l’Éthiopie la première destination de l’Afrique de l’Est en matière d’IDE, devant des économies pourtant réputées plus matures comme le Kenya ou l’Ouganda.
La Chine en première ligne parmi les investisseurs
La progression éthiopienne s’explique en grande partie par le rôle central de la Chine, devenue le principal partenaire d’investissement du pays. Les données officielles montrent que les entreprises chinoises représentent près de la moitié des projets d’IDE en Éthiopie, avec une présence forte dans l’industrie manufacturière, les infrastructures, l’énergie et les télécoms.
À ces flux s’ajoutent des capitaux en provenance d’autres puissances régionales et du Golfe, notamment via de grands projets en PPP, comme le parc éolien d’Aysha de 600 millions de dollars porté par la société AMEA Power des Émirats arabes unis. Ce mix d’investisseurs publics et privés, asiatiques, arabes et occidentaux, renforce la capacité du pays à financer ses ambitions d’industrialisation et de montée en gamme.
Réformes économiques : les nouveaux atouts d’Addis‑Abeba
Au-delà des montants, c’est la qualité du cadre de politique économique qui explique le repositionnement de l’Éthiopie. Les autorités ont enclenché une réforme macroéconomique d’ampleur, visant à assainir l’environnement des affaires, simplifier les procédures et réduire les barrières bureaucratiques pour les investisseurs.
Un élément clé réside dans l’« open‑door policy » : plusieurs secteurs jusqu’ici largement fermés aux capitaux étrangers – export, import, commerce de gros et de détail – ont été ouverts aux investisseurs internationaux. Cette libéralisation progressive s’accompagne d’incitations fiscales, d’une politique active de promotion de l’investissement et de forums dédiés, comme le quatrième forum « Invest in Ethiopia », où le pays vise plus de 2,4 milliards de dollars de deals.
Parallèlement, l’Éthiopie a investi lourdement dans les infrastructures de base : énergie, transport, télécommunications, zones industrielles et parcs industriels intégrés, autant d’éléments qui améliorent la compétitivité du territoire et réduisent le coût d’entrée pour les investisseurs. Ces investissements viennent soutenir des secteurs prioritaires ciblés par la réforme domestique, identifiés comme leviers pour attirer plus d’IDE et favoriser le transfert de technologie.
Impact sur l’emploi, la technologie et la transformation structurelle
L’afflux d’IDE ne se limite pas à un enjeu de volumes financiers ; il transforme progressivement la structure productive de l’économie éthiopienne. Selon la Commission éthiopienne des investissements, l’arrivée de nouveaux investisseurs contribue significativement à la création d’emplois et à la diffusion de nouvelles technologies dans plusieurs chaînes de valeur.
Les capitaux étrangers permettent de mieux exploiter les ressources naturelles, d’augmenter la productivité et d’intégrer l’Éthiopie aux chaînes de valeur régionales et mondiales, notamment dans le textile‑habillement, l’agro‑industrie, les énergies renouvelables et les services numériques. Des réussites emblématiques, comme le déploiement rapide de services financiers mobiles (M‑Pesa) ou la mise en service de grands parcs énergétiques, illustrent cette montée en puissance d’un écosystème d’affaires plus sophistiqué.
Quels enjeux pour l’Afrique et pour les investisseurs ?
Le fait que l’Éthiopie devienne la deuxième destination africaine pour les IDE intervient dans un contexte où les flux vers l’Afrique ont reculé de 3% pour atteindre 53 milliards de dollars, selon les dernières données de la CNUCED. Le pays fait donc figure d’exception : il capte une part croissante des investissements sur un continent pourtant globalement en retrait, devançant même des marchés historiquement attractifs comme l’Afrique du Sud sur certains segments.
Pour les investisseurs, l’équation éthiopienne repose sur un triptyque : marché intérieur vaste, réformes pro‑business et position géostratégique au cœur de la Corne de l’Afrique. Mais cette dynamique s’accompagne de risques à surveiller : tensions politiques internes, vulnérabilités macroéconomiques (inflation, dette, pression sur la balance des paiements) et dépendance à un petit nombre de grands partenaires, au premier rang desquels la Chine.
Pour le reste du continent, l’exemple éthiopien montre qu’une combinaison cohérente de réformes structurelles, de stratégie industrielle et de diplomatie économique peut repositionner rapidement un pays dans la compétition pour les IDE. La question centrale sera désormais de savoir si cette trajectoire pourra s’inscrire dans la durée, tout en se traduisant en emplois durables, en montée en compétences et en diversification effective au‑delà des secteurs traditionnels.





