Washington pousse l’Éthiopie à accélérer et approfondir ses réformes macroéconomiques, estimant que les premiers résultats sont encourageants mais encore insuffisants pour ancrer durablement la stabilité et la croissance inclusive. Au cœur des discussions : la consolidation budgétaire, la libéralisation du marché des changes, la réforme fiscale et l’amélioration du climat des affaires pour attirer davantage d’investissements privés.
Un dialogue de haut niveau Addis – Washington
Fin janvier 2026, le ministre éthiopien des Finances Ahmed Shide a tenu à Addis-Abeba des discussions de haut niveau avec des responsables américains sur l’état des réformes et les perspectives de coopération économique. Les échanges ont porté sur le programme de réformes en cours, le développement de l’investissement, ainsi que la trajectoire générale de l’économie éthiopienne, alors que le pays bénéficie déjà d’un appui du FMI et d’autres partenaires multilatéraux.
Les États-Unis saluent les progrès enregistrés (désinflation, amélioration des exportations, renforcement des réserves de change), tout en appelant à maintenir – voire intensifier – l’effort de réforme pour consolider ces premiers gains.
Des réformes macroéconomiques jugées « prometteuses »
Le FMI souligne que la performance macroéconomique de l’Éthiopie dépasse les attentes du programme : la croissance réelle est projetée autour de 9,3% en 2025/26, l’inflation recule nettement par rapport aux niveaux supérieurs à 30%, et les réserves de change se redressent. Des réformes-clés ont été engagées sur :
- Le marché des changes, avec des interventions discrétionnaires limitées et un rôle central donné aux adjudications de devises, prélude à un véritable marché interbancaire.
- La mobilisation des recettes intérieures, via des réformes fiscales et douanières visant à porter les recettes publiques à un niveau compatible avec les besoins de financement.
- La restructuration de la dette et la discipline budgétaire, pour contenir le déficit et maintenir sa soutenabilité.
Ces avancées constituent, pour Washington comme pour le FMI, un signal positif pour les investisseurs, mais elles doivent être consolidées dans la durée.
Ce que Washington demande de plus à Addis-Abeba
Malgré les progrès, les États-Unis et les institutions financières internationales insistent sur plusieurs points de vigilance :
- Poursuivre la libéralisation du change et réduire les distorsions entre marché officiel et marché parallèle, afin de restaurer pleinement la confiance dans le birr.
- Renforcer encore la discipline budgétaire, notamment en maîtrisant les dépenses et en alignant le budget sur les engagements pris dans le cadre du programme FMI.
- Accélérer la réforme des subventions, en particulier celles sur les carburants, tout en protégeant les programmes sociaux et les filets de sécurité pour les ménages vulnérables.
- Améliorer le climat des affaires : gouvernance des entreprises publiques, ouverture du secteur financier, cadre réglementaire plus prévisible pour le secteur privé.
Pour Washington, le maintien d’un cap réformateur crédible conditionne la poursuite et l’ampleur du soutien financier, technique et commercial accordé à l’Éthiopie.
Des réformes aux impacts sociaux contrastés
Les autorités éthiopiennes reconnaissent que ces réformes, souvent inspirées des standards Washington Consensus, ont un coût social non négligeable, en particulier dans un contexte d’insécurité interne et de tensions sur le pouvoir d’achat. La dévaluation forte du birr, la réduction progressive de certaines subventions et la hausse de la fiscalité pèsent sur les ménages et les petites entreprises, ce qui alimente un débat interne sur le rythme et la nature des ajustements.
Le défi pour Addis-Abeba consiste donc à continuer à stabiliser le cadre macroéconomique. Tout en renforçant les filets de sécurité sociale et les politiques d’emplois, afin que les bénéfices de la croissance et des réformes soient effectivement partagés.
En toile de fond : un enjeu géopolitique
En poussant l’Éthiopie à davantage de réformes macroéconomiques, Washington cherche aussi à conforter un partenaire stratégique en Afrique de l’Est, dans un environnement régional fragile mais à fort potentiel de croissance. Une Éthiopie économiquement stabilisée, capable d’attirer des investissements américains et internationaux, est perçue comme un pilier de la stabilité régionale et un contrepoids aux influences concurrentes.
Pour Addis-Abeba, l’enjeu est de tirer parti de cet intérêt – américain et multilatéral – pour financer son développement, tout en gardant une marge de manœuvre souveraine dans la définition du rythme, du contenu et de la dimension sociale de ses réformes économiques.
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