Cameroun : 15 tonnes d’or disparaissent, scandale de la filière aurifère

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Cameroun : 15 tonnes d’or disparaissent, scandale de la filière aurifère

Au Cameroun, l’or ne profite pas au pays comme il le devrait. Le dernier rapport de l’ITIE révèle un grand flou autour de la production aurifère, avec un écart abyssal entre les exportations officielles (22,3 kg en 2023) et les volumes déclarés par les pays importateurs (15 tonnes, dont 90% aux Émirats arabes unis). Cette opacité alimente les soupçons de contrebande massive, d’évasion fiscale (estimée à 165 milliards FCFA) et d’une filière minière largement échappant au contrôle de l’État.

Un écart statistique qui interroge

Le rapport ITIE Cameroun 2023, publié fin 2025, met en lumière une incohérence criante : alors que les douanes camerounaises n’ont enregistré que 22,3 kg d’or exporté (valeur 904 millions FCFA), les statistiques internationales indiquent que 15,2 tonnes d’or ont été importées depuis le Cameroun, principalement par les pays arabes unis (13,7 tonnes), l’Italie et les États-Unis.

  • Environ 1 tonne issue de l’exploitation artisanale et 30 kg d’or industriel ne figurent dans aucun flux d’exportation formel, selon l’ITIE.
  • Cet « écart abyssal » traduit la prédominance du commerce informel et une absence de traçabilité effective, même pour la production formelle.

Une filière dominée par l’artisanat semi‑mécanisé

Le Cameroun ne compte aucune mine d’or industrielle en activité, la production reposant presque entièrement sur l’exploitation artisanale et semi‑mécanisée (ASM), majoritairement dans les régions de l’Est et de l’Adamaoua. Ces sites, souvent retenus par des sociétés chinoises, fonctionnent sans étude de faisabilité préalable ni autorisation systématique, créant un flou statistique et fiscal.

  • Une mission gouvernementale en octobre 2025 a révélé que 94 des 101 sites visités opéraient illégalement, sans étude sommaire validée ni respect du Code minier.
  • La Sonamines (Société nationale des mines), créée en 2020 pour acheter et valoriser la production locale, a collecté 29,56 tonnes en 9 mois de 2025 (contre 5,57 tonnes en 2024), mais peine encore à capter l’ensemble des flux.

Contrebande, pertes fiscales et « géostealing »

L’opacité de la filière favorise la contrebande, alimentée par des réseaux parallèles, des comptoirs non agréés et des frontières poreuses qui permettent d’apposer l’origine camerounaise à de l’or voisin. L’ITIE évalue à 165 milliards FCFA les pertes fiscales potentielles, un manque à gagner crucial pour un pays classant l’or comme secteur stratégique.

  • Le ministre des Mines Fuh Calistus Gentry évoque un « géostealing » : de l’or de pays voisins exporté sous pavillon camerounais, notamment vers les Émirats arabes unis, hub mondial de l’or non traçable.
  • La porosité frontale et l’absence de traçabilité facilitent l’évasion, privant l’État de recettes fiscales et de contrôle sur sa ressource.

Réactions et mesures annoncées

Face à ce scandale, le gouvernement camerounais a annoncé des mesures draconiennes dès janvier 2026 : fermeture des sites ASM sans « système de traitement en vase clos », renforcement des contrôles frontaux et extension du rôle de la Sonamines pour racheter la production nationale et constituer des réserves stratégiques d’or.

  • Le ministre des Mines propose une étude spécifique sur l’or artisanal et un mécanisme Douane-Sonamines pour tracer la production formelle.
  • Paul Biya, dans son message de fin 2025, a insisté sur la maîtrise des circuits de commercialisation pour accroître les ressources du développement.

Vers une industrialisation de l’or camerounais ?

Ces mesures visent à formaliser la filière et à favoriser l’exploitation industrielle, dont les flux sont plus contrôlables et prévisibles. La Sonamines ambitionne une plateforme numérique pour tracer les transactions et une politique de veille sur les marchés internationaux pour négocier les meilleurs prix.

  • Sans industrialisation ni traçabilité renforcée, le Cameroun risque de continuer à exporter de la « valeur brute » sans en capter les retombées économiques et fiscales.
  • L’enjeu est double : stopper l’hémorragie financière et transformer l’or en levier de développement, dans un contexte où le métal jaune pèse de plus en plus dans les réserves mondiales.
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