La France entend préserver, voire reconquérir, son influence commerciale en Afrique en misant sur une stratégie plus offensive d’accompagnement des entreprises et de diversification sectorielle, dans un contexte de concurrence accrue. Paris veut repositionner son offre autour de partenariats économiques « d’égal à égal », axés sur l’investissement productif, les infrastructures et les filières industrielles, plutôt que sur la seule aide publique au développement.
Une influence commerciale en érosion
Selon les autorités françaises, la part de marché de la France dans les échanges avec l’Afrique recule depuis plus d’une décennie, au profit de nouveaux partenaires plus agressifs commercialement. Les entreprises françaises restent présentes dans des secteurs clés (banque, télécoms, BTP, énergie, transports), mais doivent faire face à une concurrence qui propose des financements plus rapides et des offres intégrées.
- La Chine, la Turquie, l’Inde et les pays du Golfe multiplient les projets d’infrastructures, d’usines et de corridors logistiques sur le continent.
- Ce basculement donne aux États africains davantage de marge de négociation et les pousse à diversifier leurs partenaires.
La nouvelle ligne de Paris
Face à cette recomposition, la France affirme qu’elle « ne se laissera pas faire » et veut renforcer son dispositif de diplomatie économique en direction de l’Afrique. L’Élysée et le gouvernement plaident pour une approche qui combine soutien aux exportations, co‑investissements et ancrage dans les dynamiques régionales africaines (Zlecaf, hubs logistiques, économies émergentes).
- Le discours officiel insiste sur une « mise à jour » de la stratégie africaine, avec un accent porté sur l’économie, l’entrepreneuriat et les industries culturelles et créatives.
- Les ambassades sont appelées à jouer un rôle plus offensif dans l’appui aux PME et ETI françaises souhaitant se positionner sur les marchés africains.
Des secteurs ciblés comme relais d’influence
Pour préserver son empreinte commerciale, la France privilégie les secteurs où ses entreprises bénéficient d’un savoir-faire reconnu et peuvent s’insérer dans les plans de développement africains. Cette approche vise à lier durablement les chaînes de valeur européennes et africaines.
- Les infrastructures, l’énergie (y compris le renouvelable), les transports, les villes durables et le numérique figurent parmi les priorités annoncées.
- Des pays comme le Maroc sont vus comme des plateformes industrielles et logistiques permettant de rayonner vers l’Afrique subsaharienne, notamment dans l’automobile, l’aéronautique et l’hydrogène vert.
Recomposition géopolitique et bataille des récits
Cette stratégie commerciale s’inscrit dans une recomposition géopolitique plus large où l’Afrique devient un terrain de compétition entre puissances établies et émergentes. Pour Paris, préserver son influence suppose aussi de changer de récit : passer d’une relation postcoloniale contestée à un partenariat présenté comme mutuellement bénéfique, centré sur la création d’emplois et la valeur ajoutée locale.
- Le sommet Afrique‑France prévu à Nairobi en 2026 doit comprendre ce repositionnement autour de l’économie, de l’investissement privé et des diasporas.
- Dans le même temps, la France cherche à s’inscrire dans une offre européenne plus large, l’UE restant le premier partenaire commercial de l’Afrique mais contrainte de proposer des propositions plus attractives.
Quels enjeux pour les pays africains ?
Pour les pays africains, cette volonté française de préserver son influence commerciale représente autant une opportunité qu’un test. Elle offre la possibilité de mettre en concurrence les offres (françaises, européennes, chinoises, du Golfe, etc.) afin d’obtenir plus de transferts de technologies, de contenu local et de financements mieux alignés avec leurs priorités nationales.
- L’enjeu pour les capitales africaines sera de transformer ces rivalités commerciales en projets structurants : industrialisation, montée en gamme, intégration régionale et soutien au secteur privé local.
- À terme, la crédibilité de la « nouvelle » politique française en Afrique se jugera sur les réalisations concrètes : usines créées, emplois locaux, infrastructures fournies et qualité des partenariats noués avec les acteurs africains.
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