Au Togo, la noix de cajou s’impose comme l’une des cultures de rente les plus dynamiques, portée par la hausse des superficies plantées et l’intérêt croissant des investisseurs pour la transformation. Face à cet essor, le gouvernement a décidé de durcir et de clarifier les règles encadrant l’achat, la transformation et l’exportation, afin de mieux organiser la filière, sécuriser les revenus des producteurs et doper la création de valeur ajoutée locale.
Un cadre réglementaire resserré autour de la filière anacarde
La nouvelle campagne 2026 de commercialisation de la noix de cajou au Togo s’ouvre sous le signe de la régulation, avec un accent particulier sur le respect des textes par l’ensemble des acteurs (collecteurs, commerçants, transformateurs, exportateurs). Le gouvernement a en effet adopté un arrêté interministériel fin 2025 pour modifier et compléter les règles existantes, dans la continuité des mesures déjà engagées pour encadrer les agréments, les flux commerciaux et les opérations d’exportation.
Le ministre de l’Économie et de la Veille stratégique, Badanam Patoki, qui a lancé officiellement la campagne 2026, a insisté sur la nécessité de professionnaliser davantage la filière et de faire respecter les accords signés entre les parties prenantes. L’objectif est clair : passer d’un secteur encore marqué par l’informel et la concurrence désordonnée à une chaîne de valeur mieux organisée, capable de rivaliser avec les grands pays producteurs de la sous‑région.
Prix bord‑champ, campagne 2026 et tensions sur les revenus des producteurs
Pour la campagne 2026, les acteurs réunis autour du Conseil interprofessionnel de la filière anacarde du Togo (CIFAT) ont fixé le prix plancher bord champ à 350 FCFA le kilogramme, contre 425 FCFA/kg lors de la précédente campagne. Cette baisse de 75 FCFA/kg intervient après une forte revalorisation intervenue en 2025, lorsque le prix était passé de 325 à 425 FCFA/kg afin d’améliorer la rentabilité des producteurs.
Selon le président du CIFAT, Mawuko Komlan Gozan, le nouveau prix a été calculé à partir du compte d’exploitation d’un hectare d’anacarde, de manière à préserver la marge des producteurs malgré le recul nominal. Il souligne par ailleurs que les niveaux de prix au Togo restent alignés avec ceux des pays voisins comme la Côte d’Ivoire (400 FCFA/kg), le Burkina Faso (385 FCFA/kg) ou le Bénin (385 FCFA/kg), ce qui permet de limiter les risques de sorties non contrôlées vers les marchés frontaliers.
Professionnalisation, moratoire et discipline de marché
Au‑delà du prix, les autorités veulent surtout remettre de l’ordre dans les opérations de collecte et d’acheminement de la noix brute vers les centres de regroupement et vers Lomé. Les acteurs disposent ainsi d’un moratoire exceptionnel de quatre semaines, à compter du lancement officiel de la campagne, avant tout acheminement de cargaisons de noix de cajou de l’intérieur du pays vers la capitale, afin d’éviter la spéculation précoce et les distorsions de marché.
Le thème choisi cette année – « Réglementation de la filière anacarde au Togo : rôles et responsabilités des parties prenantes » – traduit la volonté de responsabiliser chaque maillon, du producteur à l’exportateur. Le ministre a appelé les unités de transformation à accroître leurs approvisionnements, tout en annonçant des « dispositions particulières » pour favoriser leur accès à la matière première et renforcer la création d’emplois locaux.
Un enjeu stratégique : cap sur la transformation locale et la compétitivité régionale
Derrière ce durcissement réglementaire, l’enjeu est éminemment économique et stratégique pour le Togo. Le pays ambitionne d’augmenter progressivement sa production – environ 45 000 tonnes sont attendues pour la campagne 2026 – tout en captant une part croissante de la valeur par la transformation locale (amandes, dérivés, produits agro‑industriels).
La création du Comité de coordination de la filière anacarde, la délivrance d’agréments aux acheteurs et exportateurs, ainsi que les appuis à la diffusion de matériel végétal amélioré et à la traçabilité des noix illustrent cette stratégie de montée en gamme. Pour les producteurs togolais, le défi consistera à s’adapter à un environnement plus normé, mais porteur de perspectives de revenus plus stables et d’intégration dans des chaînes de valeur régionales et internationales mieux structurées.
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