Le 10 avril 2026, le gouvernement mauricien a lancé sa Stratégie nationale d’intelligence artificielle 2025‑2029 et les lignes directrices FAIR, s’appuyant sur la Mauritius National Data Strategy et le Côte d’Or Technopole pour attirer recherche, startups IA et activités de cybersécurité.
La question centrale est la suivante : comment un petit État insulaire comme Maurice peut-il utiliser l’IA, la cybersécurité et un technopole pour peser dans l’économie numérique africaine et indienne ?
Le 10 avril 2026, le ministère des Technologies de l’information, de la Communication et de l’Innovation (MITCI) a officiellement lancé à Phoenix la Stratégie nationale d’intelligence artificielle 2025‑2029, baptisée « AI for Mauritius (AIM) », ainsi que les lignes directrices FAIR destinées à encadrer le développement et le déploiement des systèmes d’IA dans le pays.
Selon le ministre Avinash Ramtohul, cette stratégie doit faire de l’IA un nouveau moteur de transformation économique et sociale, tout en positionnant Maurice comme un hub technologique régional fondé sur des principes d’équité, de responsabilité, d’inclusivité et d’intégrité réunis dans le cadre FAIR.
Un socle stratégique : données, IA et gouvernance
En janvier 2026, le gouvernement a présenté la Mauritius National Data Strategy 2025‑2029 à la Cybercité d’Ébène, fixant une feuille de route pour la gouvernance des données, la protection de la vie privée et la modernisation des infrastructures d’échange d’information dans le pays.
Le « Digital Transformation Blueprint 2025‑2029 » place l’IA, la recherche appliquée et la cybersécurité au cœur de la politique TIC, avec la création d’un National Research and Innovation Institute sous l’égide du ministère de l’Enseignement supérieur et d’un AI Innovation Start‑Up Programme porté par le ministère des TCI et de l’Innovation pour structurer l’écosystème.
La préparation de la nouvelle stratégie d’IA a été lancée dès juillet 2025 via un Industry Kick‑off Meeting réunissant Business Mauritius, les opérateurs télécoms (Mauritius Telecom, Emtel, MTML), des universités et plusieurs ministères, afin de co‑concevoir un cadre aligné sur les besoins industriels et les capacités de recherche locales.
L’initiative s’appuie aussi sur un premier cadre stratégique en matière d’IA développé au cours de la décennie précédente, qui identifiait déjà des cas d’usage dans la santé, la FinTech, le transport et l’agriculture, mais restait peu détaillé en matière de mise en œuvre et de gouvernance opérationnelle.
Côte d’Or Technopole : vitrine physique des ambitions numériques
La Côte d’Or Technopole, officiellement lancée en octobre 2023 par Landscope Mauritius en présence du Premier ministre Pravind Kumar Jugnauth, est développée sur plus de 143 arpents et devrait attirer plus de 25 milliards de roupies mauriciennes (MUR) d’investissements à terme, tout en générant jusqu’à 15 000 emplois qualifiés.
Lors de l’inauguration du nouveau siège d’Ocorian à la Côte d’Or Technopole en janvier 2026, plusieurs intervenants du secteur financier ont souligné que ce parc devait servir de point de convergence pour les sociétés indiennes, les entreprises de finance numérique et les développeurs de solutions d’intelligence artificielle cherchant une base réglementairement stable dans la région.
Une conférence « Gen AI for Sustainable Development » organisée au technopole a mis en avant l’IA comme levier pour l’éducation, la santé, l’agriculture et la gestion de l’eau et de l’énergie, avec des responsables gouvernementaux appelant les étudiants et jeunes professionnels à s’engager dans la transition numérique et climatique.
En combinant stratégie nationale, gouvernance des données et ancrage dans un technopole connecté à l’Inde et à l’Afrique de l’Est, Maurice cherche à rendre tangible son ambition de « cyber‑island » formulée dès les premiers développements de la Cyber Cité d’Ébène.
Cybersécurité : d’un impératif réglementaire à un argument d’attractivité
Le ministère des TCI a annoncé que la Cybersecurity and Cybercrime Act serait mise à jour et complétée par de nouveaux mécanismes institutionnels, avec un renforcement du rôle du Data Protection Office après plusieurs incidents médiatisés de fuite de données de clients sur le Dark Web.
Le Digital Transformation Blueprint prévoit la création d’un Cyber Security Operation Centre de type Security Operations Center (SOC) inspiré du modèle britannique, ainsi que l’alignement du Cybersecurity and Cybercrime Act sur les standards internationaux. Le but étant de rassurer investisseurs, institutions financières et opérateurs de services critiques.
Dans la déclinaison opérationnelle des lignes directrices FAIR, la notion d’intégrité couvre explicitement la cybersécurité, la gouvernance des données et la prévention des usages malveillants, ce qui place la sécurité numérique au même niveau que les enjeux de non‑discrimination algorithmique et de transparence.
Pour un acteur souhaitant développer de la recherche en IA générative ou des services financiers basés sur le machine learning, le couplage d’un cadre de protection des données, d’une loi sur la cybersécurité modernisée et de lignes directrices éthiques devient un facteur de choix de localisation, au même titre que les avantages fiscaux ou l’accès aux talents.
Recherche, talents et articulation avec l’écosystème africain
Le futur National Research and Innovation Institute doit structurer la recherche publique en coordination avec les universités mauriciennes et les centres de recherche existants, en donnant la priorité à des projets appliqués dans l’IA, les données massives et la cybersécurité en lien avec les priorités sectorielles du pays.
Un atelier régional organisé en 2026 par l’Union internationale des télécommunications en collaboration avec le gouvernement mauricien sur l’IA, les données et les technologies émergentes illustre la volonté des autorités de faire de l’île une plateforme de formation et de partage de bonnes pratiques pour les États africains en matière d’IA et de connectivité inclusive.
Le MITCI met également en avant des modèles de partenariat public‑privé‑population (PPPP) pour le futur AI Tech Park, avec l’objectif de rapprocher laboratoires, startups et grands groupes au sein d’un même écosystème, et d’éviter une fragmentation entre zones de services offshore et économie domestique.
Dans ce contexte, les fintechs africaines qui opèrent déjà à Maurice via des structures de services financiers internationaux — qu’il s’agisse de passerelles de paiement ou de plateformes de crédit alternatif — disposent d’un environnement qui combine régulation financière, infrastructures de données et capacité de test de nouveaux cas d’usage d’IA pour la conformité ou la lutte contre la fraude.
Points de vigilance pour les investisseurs technologiques
L’expérience de la première stratégie d’IA, dont plusieurs recommandations sont restées partiellement mises en œuvre faute de moyens et de coordination, rappelle toutefois qu’un cadre ambitieux ne garantit pas, à lui seul, l’exécution des projets et la montée en puissance des capacités nationales.
Des acteurs des services financiers réunis à la Côte d’Or Technopole ont souligné que la notation souveraine du pays, la stabilité réglementaire et la disponibilité de compétences en data science et cybersécurité restent déterminantes pour attirer durablement des entreprises technologiques et des équipes de recherche étrangères.
Pour les fonds, les acteurs de télécoms ou les grandes plateformes africaines de paiement qui envisagent d’installer des équipes R&D ou des centres de services avancés à Maurice, le couple IA‑cybersécurité doit donc être apprécié à la lumière de deux dynamiques : la capacité réelle à former et retenir des talents, et le rythme effectif de mise en œuvre des institutions annoncées (NRII, SOC national, AI Tech Park).
À retenir
- Le 10 avril 2026, Maurice a lancé sa Stratégie nationale d’IA 2025‑2029 et les lignes directrices FAIR pour encadrer l’usage de l’IA.
- La Mauritius National Data Strategy 2025‑2029 et la révision annoncée de la loi sur la cybersécurité structurent la gouvernance numérique.
- La Côte d’Or Technopole doit accueillir des investissements importants et jouer un rôle de vitrine pour les activités IA et cybersécurité.
- Un National Research and Innovation Institute et un AI Tech Park sont prévus pour renforcer la recherche appliquée et l’innovation.
- L’enjeu pour les investisseurs reste l’exécution concrète de ces plans et la disponibilité de talents en IA et cybersécurité.
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