Initiative Cacao : Abidjan et Accra poussent vers un bloc africain pesant jusqu’à 75 % de l’offre mondiale

Home > Blog > Agribusiness > Initiative Cacao : Abidjan et Accra poussent vers un bloc africain pesant jusqu’à 75 % de l’offre mondiale

Initiative Cacao : Abidjan et Accra poussent vers un bloc africain pesant jusqu’à 75 % de l’offre mondiale

Réunis à Abidjan le 16 juin 2026, Alassane Ouattara et John Dramani Mahama ont relancé l’Initiative Cacao Côte d’Ivoire-Ghana en l’ouvrant aux autres grands producteurs africains, avec l’ambition de structurer un bloc de poids dans la production mondiale et de reprendre la main

Ce qui a changé à Abidjan le 16 juin

Le 16 juin 2026 à Abidjan, le président ivoirien Alassane Ouattara et son homologue ghanéen John Dramani Mahama ont coprésidé un sommet de haut niveau consacré à l’Initiative Cacao Côte d’Ivoire-Ghana, avec pour objectif explicite d’élargir cette plateforme aux autres grands producteurs africains afin de peser davantage sur la gouvernance du marché mondial du cacao.

Au cours de ce sommet, les deux chefs d’État ont rappelé que la Côte d’Ivoire et le Ghana concentrent déjà plus de  60 %  de la production mondiale, qu’à l’échelle de l’Afrique L’Afrique concentre la grande majorité de la production mondiale de cacao, avec une part estimée entre 73 % et  80 %  selon les années et les sources. L’Afrique de l’Ouest, dominée par la Côte d’Ivoire et le Ghana, constitue ainsi le principal bassin mondial de production, confirmant son rôle stratégique dans l’économie du cacao., et qu’en y associant pleinement le Nigeria et le Cameroun, le continent pourrait structurer un bloc représentant jusqu’à environ      75 %      de l’offre mondiale sur certaines campagnes.

Selon les autorités impliquées, cette montée en puissance passera par un approfondissement de l’Initiative Cacao Côte d’Ivoire-Ghana, par la mise en place de mécanismes communs de commercialisation et de stabilisation des revenus, et par l’adhésion formelle d’autres États africains pour transformer un rapport de force dominé par les acheteurs en coalition structurée de vendeurs.

Pourquoi l’hypothèse d’un bloc à      75 %      est crédible

Les données les plus récentes de l’Organisation internationale du cacao (ICCO) indiquent qu’en 2022/23 l’Afrique a produit environ  74,1 %  du cacao mondial, confirmant l’extrême concentration de la filière sur le continent. Dans les estimations 2024/25, l’ICCO attribue à l’Afrique près de  69,2 %  de la production mondiale de cacao, dominée par la Côte d’Ivoire et le Ghana, tandis que le Nigeria et le Cameroun consolident leur position parmi les premiers producteurs. Pris ensemble, les principaux pays producteurs africains peuvent, selon les campagnes agricoles, se rapprocher d’un seuil d’environ 70 à      75 %      de la production mondiale de cacao, selon les données de l’ICCO et les estimations sectorielles. Ce niveau reflète la forte concentration de la filière en Afrique de l’Ouest, dominée par la Côte d’Ivoire et le Ghana.

L’ICCO souligne en outre que les volumes combinés de la Côte d’Ivoire, du Ghana, du Nigeria et du Cameroun pèsent largement plus de la moitié des flux mondiaux,  ce qui renforce l’idée que leur coordination aurait un effet immédiat sur la formation des prix, la disponibilité de la matière première et l’orientation des investissements en aval.

La Côte d’Ivoire et le Ghana ont déjà posé les bases de ce type de coordination en créant l’Initiative Cacao Côte d’Ivoire-Ghana en 2018, après une forte chute des cours, et en instaurant un différentiel de revenu décent visant à rehausser le prix payé aux producteurs pour une part significative de leurs exportations.

Comment la Côte d’Ivoire et le Ghana redéfinissent la négociation

La crise de disponibilité qui a frappé le marché en 2023/24, marquée par des déficits de production et par des chocs climatiques en Afrique de l’Ouest, a fait bondir les cours internationaux du cacao, redonnant un pouvoir de négociation ponctuel aux pays producteurs mais aussi révélant la fragilité de la filière face à l’aléa climatique. Le Fonds monétaire international rappelle que la Côte d’Ivoire à elle seule fournit environ Selon les données de l’Organisation internationale du cacao (ICCO), la Côte d’Ivoire représente entre environ 36 % et 45 % de la production mondiale de cacao selon les campagnes agricoles récentes, ce qui en fait le premier producteur mondial., ce qui expose toute son économie aux retournements de cycle des prix mais lui donne aussi, si elle agit de concert avec le Ghana, une capacité significative à influencer les conditions de marché.

Face à cette conjoncture, les autorités de la sous-région mettent en avant le besoin de mécanismes stables pour garantir un revenu aux producteurs, lisser les variations de prix et capter une part accrue de la valeur ajoutée via la transformation locale, plutôt que de rester cantonnées au rôle de fournisseurs de matières premières brutes. Des travaux récents sur les mécanismes de prix dans la filière montrent que, malgré les hausses des cours internationaux, la part effectivement captée par les planteurs en Côte d’Ivoire et au Ghana reste limitée, ce qui renforce l’argument politique d’un bloc qui pourrait imposer des planchers de prix et des primes plus systématiques. Cela éclaire le pari d’Abidjan et d’Accra :  transformer un oligopole de production en coalition de négociation capable de peser sur les contrats à terme et sur les cahiers des charges des grands industriels.

Nigeria, Cameroun et les lignes de fracture à venir

Dès 2022, le Nigeria et le Cameroun ont officiellement manifesté leur intérêt pour rejoindre l’Initiative Cacao Côte d’Ivoire-Ghana, les quatre pays représentant ensemble Pris ensemble, la Côte d’Ivoire, le Ghana, le Nigeria et le Cameroun peuvent représenter, selon les années et les estimations, entre 70 % et      75 %      de l’offre mondiale de cacao. Ce niveau reflète la très forte concentration de la production en Afrique de l’Ouest et justifie les initiatives de coordination régionale visant à renforcer le poids des producteurs sur le marché mondial.

Les bulletins statistiques de l’ICCO confirment que le Nigeria et le Cameroun figurent parmi les cinq premiers producteurs africains, avec des volumes qui, bien que moindres que ceux de la Côte d’Ivoire et du Ghana, suffisent à faire basculer l’équilibre mondial si leurs politiques de commercialisation se coordonnent davantage avec celles d’Abidjan et d’Accra.

En parallèle, les organisations internationales insistent sur l’urgence d’un modèle plus durable : des programmes soutenus par l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) en Côte d’Ivoire promeuvent des systèmes agroforestiers destinés à concilier rendement, adaptation climatique et lutte contre la déforestation. Les exigences croissantes des marchés finaux, notamment de l’Union européenne en matière de traçabilité et de lutte contre la déforestation, ajoutent une couche de complexité,  car tout bloc africain devra articuler stratégie de prix et conformité à des réglementations environnementales qui conditionnent l’accès aux principaux débouchés.

Dans ce contexte, l’entrée éventuelle du Nigeria et du Cameroun dans une architecture commune pilotée par l’Initiative Cacao Côte d’Ivoire-Ghana  poserait des questions opérationnelles de gouvernance, d’harmonisation des politiques de prix intérieurs et de partage de l’information, mais renforcerait très nettement le levier de négociation du continent.

Prochaines étapes pour les acteurs de la filière

À l’issue du sommet d’Abidjan, les autorités ont annoncé l’ouverture de discussions techniques avec les autres pays producteurs africains pour définir les modalités d’adhésion à la plateforme existante, la gouvernance de ce bloc en construction et un calendrier de convergence des mécanismes de prix et de commercialisation.  Les travaux à venir devraient porter sur l’articulation entre cette coordination africaine et les interventions de l’ICCO, sur les marges de manœuvre vis-à-vis des négociants et des industriels, ainsi que sur le financement de la transition vers des pratiques plus durables et une transformation locale accrue.

Pour les banques, négociants et industriels positionnés sur la chaîne de valeur en Afrique de l’Ouest, les prochains mois seront déterminants :  un éventuel accord de bloc pourrait redessiner la structure des contrats d’approvisionnement, modifier la courbe des prix et accélérer la relocalisation de certaines capacités de broyage et de valorisation.

À retenir

  • La Côte d’Ivoire et le Ghana ont relancé le 16 juin 2026 à Abidjan leur Initiative Cacao en l’ouvrant aux autres grands producteurs africains.
  • Les quatre principaux pays africains (Côte d’Ivoire, Ghana, Nigeria, Cameroun) concentrent déjà une part très majoritaire de l’offre mondiale, ce qui renforce l’intérêt d’une coordination accrue.
  • L’objectif affiché est de transformer ce poids de production en bloc de négociation structuré, capable d’influencer les prix et les normes du secteur.
  • Les enjeux de durabilité, de traçabilité et de conformité aux nouvelles réglementations européennes seront centraux dans la crédibilité du bloc.
  • Les prochains mois seront marqués par des discussions techniques sur la gouvernance, les mécanismes de prix et la place de la transformation locale dans ce nouveau dispositif.
  • ✍️ Vous souhaitez apporter une contribution ?

    Écrivez-nous pour un article invité : [email protected]

    Écrire à la rédaction
Share this article
Share this Article:
Partner Content:
Provider:
APO Group
Join our newsletter

Join the latest releases and tips, interesting articles, and exclusive interviews in your inbox every week.