Le Burkina Faso entérine sa feuille de route sur l’IA pour structurer ses usages publics et privés

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Le Burkina Faso entérine sa feuille de route sur l’IA pour structurer ses usages publics et privés

Le 17 juin 2026, le gouvernement du Burkina Faso a validé une feuille de route nationale sur l’intelligence artificielle (IA), inscrivant officiellement cette technologie dans son agenda de transformation numérique. La décision, rendue publique le 17 juin 2026, marque la première structuration formelle des priorités nationales en matière d’IA, avec une feuille de route portée par les autorités de la Transition et présentée comme un instrument d’orientation pour les administrations, les entreprises et les partenaires techniques et financiers.

Cette feuille de route intervient alors que Ouagadougou cherche à consolider les fondations de son économie numérique. La Banque mondiale a approuvé en janvier 2024 un Projet d’accélération de la transformation numérique doté de  150 millions  de dollars pour étendre la connectivité, digitaliser les services publics et renforcer les compétences numériques, projet qui constitue l’un des principaux véhicules d’exécution des ambitions digitales du pays.

Un jalon dans la stratégie de transition digitale

Le ministère de la Transition digitale, des Postes et des Communications électroniques (MTDPCE) avait déjà fixé, lors d’une revue d’objectifs en février 2024, des priorités pour 2025 autour de la dématérialisation des services, de l’identification unique des citoyens et du lancement opérationnel du projet PACT DIGITAL, adossé au financement de la Banque mondiale. Ce projet a été ratifié à l’unanimité par l’Assemblée législative de Transition en juin 2024, confirmant la volonté de doter l’État d’infrastructures et de plateformes numériques capables d’absorber de futurs cas d’usage IA.

Dans ce contexte, la nouvelle feuille de route IA joue un rôle d’articulation : elle doit préciser où et comment intégrer des solutions d’apprentissage automatique dans les services publics (fiscalité, santé, éducation, protection sociale), mais aussi dans les chaînes de valeur agricoles et financières, où les acteurs panafricains de la fintech et des paiements – de M-Pesa à Flutterwave, en passant par des solutions régionales comme Cellulant ou Chipper Cash – expérimentent déjà des outils d’IA pour la lutte contre la fraude ou le scoring de crédit.

Capacités locales et contraintes d’infrastructure

Dès mars 2025, une session du Conseil d’administration du secteur ministériel du MTDPCE consacrée aux technologies émergentes avait mis en avant les enjeux, défis et perspectives de l’IA au Burkina Faso, en les reliant à la couverture des « zones blanches » et à la réhabilitation du réseau administratif RESINA, leviers jugés indispensables pour une administration électronique plus accessible. Un bulletin de performance sur l’e-gouvernement et les ODD indiquait qu’à fin 2022 la couverture 4G ne dépassait pas  41,5 %  du territoire, illustrant la contrainte de connectivité qui pèse sur tout déploiement massif de services numériques avancés.

Les autorités cherchent en parallèle à renforcer les compétences des agents publics sur les usages d’IA. En mai 2026, la Primature a organisé à Ouagadougou une session de renforcement des capacités sur l’intelligence artificielle au profit du personnel de ses structures centrales, la direction de la gouvernance sociale et culturelle soulignant que l’IA devient une composante incontournable du fonctionnement des administrations modernes.

Du côté de l’écosystème, le pays dispose déjà de premiers ancrages académiques et entrepreneuriaux. Le Centre d’Excellence Interdisciplinaire en Intelligence Artificielle pour le Développement (CITADEL), basé au Burkina Faso, se positionne comme un hub de recherche appliquée et de formation en IA, avec l’ambition de dynamiser une industrie locale de l’IA en tenant compte des publics sous-représentés.

Une gouvernance des données au cœur de la feuille de route

Au-delà de la seule question des algorithmes, la feuille de route IA burkinabè s’inscrit dans un mouvement régional plus large où plusieurs États, du Bénin au Maroc, ont adopté des stratégies IA et mégadonnées pour encadrer la circulation et l’exploitation des données.  Pour un pays comme le Burkina Faso, où la fragilité sécuritaire et la pression budgétaire restent fortes, la capacité à mutualiser les investissements numériques et à sécuriser les infrastructures de données est déterminante pour la crédibilité de toute stratégie IA.

Le Premier ministre a rappelé, dans une adresse sur l’état de la nation relayée par le portail Digital Business Africa, que l’État avait mobilisé  18 milliards  de FCFA pour la transformation numérique entre 2023 et 2024. Celui-ci fait de la transition digitale une priorité budgétaire, dans un contexte de déficit public encore supérieur à 6 % du PIB en 2024. Ces enveloppes conditionnent la capacité de l’administration à financer des registres de données sectoriels, des plateformes d’identité numérique ou des projets pilotes d’IA dans la santé et l’agriculture.

Les acteurs financiers et de la régulation, qu’il s’agisse de la BCEAO pour les systèmes de paiement ou des autorités sectorielles en charge des télécoms et de la protection des données, seront également centraux pour arbitrer entre innovation et gestion des risques, qu’il s’agisse de cybersécurité, de biais algorithmiques ou de dépendance à des fournisseurs de cloud extra-africains.

Prochaines étapes : de la feuille de route aux cas d’usage

La validation de la feuille de route pose les bases, mais laisse ouvertes plusieurs questions de mise en œuvre : architecture de gouvernance, articulation avec les financements PACT DIGITAL et avec les futurs plans économiques, capacité à faire travailler ensemble administrations, universités (via des structures comme CITADEL) et startups régionales de la fintech et de la healthtech.

Les priorités numériques déjà affichées pour 2025 (identité numérique, dématérialisation des procédures, renforcement de la connectivité), fournissent un premier pipeline de cas d’usage où des modules d’IA pourront être intégrés, par exemple pour l’authentification, la détection d’anomalies ou l’automatisation du traitement de dossiers.

La prochaine inflexion sera la traduction de la feuille de route en plans d’action sectoriels assortis de budgets, d’indicateurs et de mécanismes de suivi, afin que l’IA devienne un levier concret de modernisation de l’administration, de sécurisation des services financiers et d’augmentation de la productivité agricole, plutôt qu’un simple thème de communication.

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